Le Temps: C omment vivez-vous ce titre?

Didier Défago: C’est une grande satisfaction, c’est clair. C’est une consécration par rapport au travail réalisé. J’ai toujours cru que j’étais capable de ramener médaille sur un grand évènement. Ce sont mes troisièmes Jeux olympiques et j’ai participé à cinq championnats du monde. Il me manquait une médaille. En Coupe du monde, j’avais déjà prouvé que je suis capable de skier fort. Alors cette année, mon objectif était vraiment de rentrer des JO avec plus de poids dans mes bagages. Aujourd’hui, tout a fonctionné, au niveau du matériel et de ma façon de skier et de mes trajectoires. Je n’ai pas commis de de grosses erreur au niveau de la ligne.

Est-ce la plus belle journée de votre vie?

C’est une très belle journée. Mais j’ai en ai eu d’autres dans ma carrière. Quand mes deux succès en tant que junior, ma victoire à Kitzbühel ou ma première victoire en Coupe du monde à Val Gardena. Et dans ma vie privée, j’ai eu aussi des jours mémorables comme la naissance de mes deux enfants.

Les Jeux commencent super bien. J’ai vraiment bien skié aujourd’hui. Je suis très content de ma course. C’est plus difficile quand tu dois commencer par te qualifier pour ta place. Mais j’ai pu faire de bons entraînements et j’ai réussi ces deux deniers jours à évacuer la tension liée à la qualification. J’ai tout oublié et me suis concentré sur la course. Et aujourd’hui, j’avais vraiment un bon feeling.

Vous avez succédé à Pirmin Zurbriggen...

Les années ne sont pas comparables, mais la médaille olympique reste un rêve pour tout le monde et elle garde toute sa valeur, que ce soit il y a 20 ans ou maintenant. Pirmin gagnait tout. Je me souviens qu’il était notre image, notre exemple. On avait envie de faire aussi bien que lui. Mon palmarès n’est pas le même, mais accrocher une médaille olympique comme lui, en plus en or, est quelque chose de fantastique.

Comment vous sentiez-vous avant la course?

Ce matin, le feeling était bon. J’avais déjà de bonnes sensations pendant la reconnaissance. La neige avait pas mal bougé, la piste était devenue plus dure, ce qui me convient bien. Plus on descendait sur la piste, plus ça bougeait. Ca tapait pas mal. Cela n’avait plus rien à voir avec les entraînements et je me suis dit que si j’arrivais à être bien posé sur mes skis, je pourrais être rapide. Et j’ai réussi à trouver la bonne ligne et la bonne attitude aussi. Je me suis trouvé assez agressif, sans en rajouter, des facteurs chez moi à ne pas négliger.

Vous allez fêter?

On a le temps de fêter qu’une fois la saison terminée.

Whistler vous convient bien?

Je me suis toujours senti bien ici. Déjà il y a deux quand nous sommes venus disputer le super G. C’est une piste qui n’est pas extrêmement difficile au niveau de la pente, mais qui n’est pas évidente à avoir dans les jambes. Il y a pas mal de bosses, des portes cachées, de jolis sauts. C’est une piste qui est assez complète dans l’ensemble. Il y a une partie de glisse sur le haut. Ce qui manque, ce sont des passages un peu rapides. Mais aujourd’hui, la difficulté a été accentuée par le fait que la neige a changé par rapport aux entraînements. C’est devenu plus verglacé et plus bosselé. Il fallait vraiment être solide et j’ai produit un bon ski.

Est-ce que vous visez un doublé?

On ne va pas en rêver. Mes jeux sont réussis. Je voulais une médaille, je l’ai. Tout ce qui peut venir maintenant sera du bonus. Cela ne veut pas dire que je vais moins bien me préparer ni que je vais me présenter au départ du super G en voulant tout casser. Je vais essayer de garder ce bon feeling jusqu’au moment où je rentrerai à la maison.

A quel moment avez-vous su que vous étiez champion olympique?

Quand le dernier coureur a franchi la ligne. Quand on t’appelle sur la podium et que tu marches sur la plus haute marche, c’est bon, tu réalises. Et aussi une fois que tu as fait tous les contrôles de matériel.

Vous dites que vos plus belles années sont devant vous...

Je l’espère. Mon objectif est d’aller jusqu’au Jeux de Sotchi en 2014. J’ai encore le temps de faire de belles choses.

Vous dites avoir été inspiré par la victoire samedi de Simon Ammann...

C’est la première fois que je vivais une épreuve de saut à ski en direct. Le voir décrocher l’or m’a donné des frissons. Et on se dit « pourquoi pas nous? ».

Que dites-vous aux Valaisans?

Je les remercie d’être avec nous. Je sais qu’il y a une grosse attente au niveau suisse et même en Valais, une région qui vit du ski alpin. Je suis fier de pouvoir ramener quelque chose comme ça. J’ai envie aussi de remercier toutes ceux qui sont derrière moi. Tous ceux qui me permettent de faire ça, que ce soit aujourd’hui, il y a dix ans ou il y a trente ans. Je pense notamment à ma famille actuelle, à mon père et mon frère. Ce sont toutes des personnes qui comptent beaucoup pour moi.

Qu’est ce que cela vous fait de battre des skieurs comme Svindal et Miller dans une descente royale?

On va peut être dire que je suis la surprise sur le podium J’ai dit à Bode qu’il était un peu comme moi, là tout au long de la saison sans être vraiment le grand Bode qu’on connaît et là aux Jeux, il est là. Aksel, c’est différent, c’est un Norvégien donc il est de toute façon sur le podium. C’était une course très très serrée. Les dix premiers se tiennent en six dixièmes. Aujourd’hui on est quinze à pouvoir monter sur le podium. Ca se joue à très peu de choses.

Avez-vous transpiré quand Cuche était à six centièmes?

Je me disais que de toute façon la médaille était assurée. Après qu’il soit juste devant ou juste derrière. A un moment je me suis dit qu’on pourrait faire un doublé. Malheureusement, ça ne l’a pas fait. Ca aurait été fantastique.