Cinq semaines avant le début des Jeux de Sydney, voilà un livre pour se faire peur. Un livre qui mêle fiction et réalité, dopage et manœuvres politico-sportives, recherche scientifique et mythe de l'athlète-surhomme. Signé Richard Escot, journaliste à L'Equipe, et Vincent Launay, architecte en informatique, «Sale temps sur Sydney» raconte l'histoire imaginaire de Holie Windsor, une jeune sprinteuse recrutée par un industriel est-allemand pour battre l'incroyable – mais vrai – record du 100 m toujours détenu par l'Américaine Florence Griffith-Joyner, en 10''49. Comment? En lui implantant une puce qui, via une noria de satellites et des mouvements télécommandés, doit lui permettre de réussir l'exploit aux Jeux de Sydney face à des adversaires réels comme Marion Jones.

A priori inimaginable, le scénario de «Sale temps sur Sydney» sème au fil des pages le trouble dans l'esprit du lecteur. Et si, à une époque où les tricheurs trouvent des moyens de frauder toujours plus élaborés, le mythe du sportif télécommandé n'était pas si éloigné? C'est sans doute là la force du thriller des deux Français. On y retrouve, au gré des manipulations du savant fou Hans von Crapper, des épisodes et des personnages réels: des membres du CIO «approchés» dans les dernières manœuvres en coulisses au moment de la lutte pour l'obtention des Jeux entre Sydney et Pékin en 1993; des sportifs toujours en activité; mais aussi des ouvriers chargés de construire le stade olympique sur une ancienne décharge industrielle, puis de transformer le site en un exemple écologique.

Aux lecteurs studieux de faire la différence entre réalité et fiction. L'exercice n'est pas toujours évident, mais l'ouvrage se lit comme un roman.

«Sale temps sur Sydney», Richard Escot et Vincent Launay, 249 p., Ed. Solar.