Dès que l'on arrive au stade des villes finalistes candidates à l'organisation des Jeux – villes sélectionnées par sa commission exécutive – le CIO a coutume d'utiliser une langue de bois flatteuse, consistant à affirmer que n'importe laquelle de ces cités sera apte à mettre sur pied d'excellents Jeux. Forcément, sinon l'instance olympienne désavouerait ses propres choix.

De son côté, sans établir de classement, la commission d'évaluation, qui visite et jauge l'ensemble des prétendantes, apporte certaines nuances dans son rapport (lire LT du 7 juin). Ainsi, depuis un mois, Paris 2012 semblait devancer Londres et Madrid d'une courte tête, New York et Moscou d'une bonne longueur.

Quel que soit le résultat de l'élection d'aujourd'hui en vue des JO d'été 2012 – annonce en mondovision à 13h30 suisses – il est intéressant de noter que, en réalité, aucune des cinq candidatures mastodontes n'atteint la perfection. Toutes recèlent des défauts, visibles ou subtilement cachés.

Paris

Promesses démagogiques

Difficile, s'agissant de la capitale française, de dénicher la moindre tare «officielle» (sauf les démêlés judiciaires de Guy Drut, dont nous avons parlé hier), au sein d'un package bien ficelé. Et pourtant… Dans son édition de juillet, le très sérieux Monde diplomatique stigmatise «l'imposture olympique» fondée sur «des arguments souvent fallacieux».

A l'appui de ses affirmations, le mensuel révèle que «le Club des entreprises Paris 2012 comprend notamment Lagardère, Lafargue, Bouygues, Carrefour, Suez, Accor, c'est-à-dire des «humanistes» adeptes des licenciements boursiers». Puis: «Vingt-sept millions d'euros ont été dépensés pour le seul dossier de candidature! Un montant à mettre en balance avec les énormes besoins non satisfaits en logements sociaux, crèches et équipements de proximité dans la capitale et sa banlieue, mais aussi avec la précarité sociale de tant d'étudiants.»

Et de conclure: «Loin de répondre aux besoins sociaux et culturels d'un pays ravagé par le chômage, la pauvreté et l'exclusion, les Jeux sont un indécent étalage de promesses démagogiques, de vœux pieux et de dépenses somptuaires.» Une belle volée de bois vert!

Madrid

La crainte du terrorisme

Chez la métropole castillane, on sait qu'il faudra réquisitionner des hôtels situés à une heure de la cité en TGV, afin de répondre aux exigences olympiques et à celles des spectateurs. Mais ce que les responsables taisent souverainement, c'est la crainte du terrorisme.

Les attentats islamistes du 11 mars 2004 avaient fait 192 morts et 1500 blessés. Plus récemment, le 25 juin dernier, un attentat à la voiture piégée revendiqué par l'ETA (aucune victime), visait à torpiller la candidature madrilène, puisque commis à proximité du stade de La Peineta. Enfin, le comportement raciste du public lors du match de foot Espagne- Angleterre à Santiago Bernabeu, où les joueurs noirs anglais ont été copieusement insultés, ne constitue pas vraiment une bonne pub en faveur de la «fraternité olympique».

Londres

Des cadeaux prohibés

A Londres aussi, la sécurité inquiète. Au tournoi de tennis de Wimbledon (site olympique) qui vient de s'achever, des spectateurs ont réussi à introduire des couteaux et autres objets potentiellement dangereux. En théorie obligatoires, les fouilles ou palpations seraient inexistantes, selon une enquête du Times.

Auparavant, il y avait eu «l'affaire des cadeaux». Soit la proposition de verser 50000 dollars à chacun des 202 comités nationaux olympiques, afin de permettre à leurs athlètes de venir s'entraîner en Angleterre. Sévère réprimande du président du CIO, Jacques Rogge, condamnation claire par la commission d'éthique.

Reste le gros problème du quartier de Stratford, où 173 entreprises devraient déménager, moyennant un dédommagement hypothétique, pour laisser la place au stade et au village olympiques. Les milieux économiques évoquent la perte de 5000 emplois.

Last but not least, les attaques virulentes des tabloïds dirigées contre Paris n'ont pas eu l'heur de plaire aux membres du CIO.

New York

Un plan interdit

La Grosse Pomme a eu beau régler in extremis la polémique majeure autour de son stade olympique – refusé par Manhattan, il serait finalement édifié dans le Queens – personne n'a oublié que l'épisode a failli provoquer le retrait pur et simple de la candidature américaine. Voilà qui fait désordre. De surcroît, New York a également été prise dans le collimateur de la commission d'éthique du CIO, gardienne du temple, pour avoir offert un plan marketing complet (non chiffré) aux 28 fédérations sportives internationales inscrites aux Jeux d'été. Verdict: interdiction absolue.

Moscou

Rien à cacher?

Au fond, seule Moscou la discrète semble n'avoir rien à se reprocher. Tant il est vrai que l'ensemble des carences de la capitale russe figurent noir sur blanc dans le rapport des évaluateurs: planification insuffisante, manque d'informations de base, transports routiers et ferroviaires obsolètes, gestion du trafic inappropriée, hébergement médiocre, budget faible. Nul besoin d'en rajouter.