Mine de rien, Joachim Löw est entré dans l’histoire du football allemand. Adjoint de Jürgen Klinsmann entre 2004 et 2006 dans les rangs de la Nationalmannschaft, il a succédé à «Klinsi» au lendemain du Mondial allemand. Il est donc à la tête de la sélection allemande depuis onze ans.

Cette longévité, il la doit à la fois à ses qualités de tacticien, de rassembleur, et à sa maturité. Le triomphe de ses hommes au Maracaña il y a trois ans a mis fin à une période de vingt-quatre ans sans titre majeur et fut la juste récompense d’un travail et d’une méthode qui font aujourd’hui l’unanimité: trouver l’équilibre idéal entre des joueurs confirmés et des jeunes pétris de talent.

«Ma principale qualité est d’accorder une grande confiance à mes joueurs, expliquait-il récemment. Je leur fais comprendre qu’ils doivent prendre des responsabilités, que ce soit sur ou en dehors du terrain. Avant de prendre une décision, je discute avec mes joueurs-cadres.» Autour d’un expresso dont il raffole (il en consomme une dizaine par jour), celui que toute l’Allemagne appelle «Jogi» prend un malin plaisir à raconter son métier, ses différentes facettes et ses prochains objectifs. «Après notre triomphe lors de la dernière Coupe du monde, personne dans l’équipe n’a changé ou ne s’est enflammé. Nous avons su garder notre humilité. Un tel triomphe nous soude encore davantage.»

Plusieurs fois au chômage

Mais au fond, qui est véritablement Joachim Löw? Joueur moyen, entraîneur anonyme, il était destiné à ne jamais sortir du lot. En Bundesliga, il n’a jamais été un titulaire à part entière, que ce soit au VfB Stuttgart, à l’Eintracht Francfort ou à Karlsruhe. Il a passé l’essentiel de son temps à l’étage inférieur au SC Fribourg, puis en Suisse (Schaffhouse, Winterthour, Frauenfeld). Comme entraîneur de club, il a connu plusieurs périodes de chômage et s’est surtout signalé pour ses mauvais résultats. Limogé du VfB Stuttgart en 1998 après avoir pourtant mené son équipe jusqu’en finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe (0-1 contre Chelsea), il subissait le même sort à Istanbul, remercié par Fenerbahce au bout de onze mois. Pire, il faisait chuter Karlsruhe en troisième division, ne remportant qu’une seule victoire en dix-huit journées.

La nomination de Klinsmann en juillet 2004 a changé sa vie. Si «Klinsi» a opté pour Löw comme adjoint, c’est parce qu’en dix minutes à peine, il lui avait expliqué comment fonctionnait une défense à quatre «comme personne d’autre» (dixit Klinsmann) lorsque les deux hommes avaient passé ensemble leur diplôme d’entraîneur. Longtemps critiqué malgré des résultats probants (l’Allemagne a toujours atteint au minimum les demi-finales d’une compétition majeure depuis 2006), il a fallu le triomphe planétaire au Brésil pour qu’il parvienne enfin à faire l’unanimité sur ses terres. «Je suis fier d’être le sélectionneur depuis tant d’années. C’est le signe que notre travail est de qualité, se félicite-t-il. Mais lorsque j’avais été intronisé, nous avions élaboré un plan sur dix ans. Le fait d’être aujourd’hui la meilleure nation est quelque chose de fabuleux.»

Sous pression au Brésil

Et comment voit-il son avenir? «Je savoure mon métier. C’est un job de rêve. Ces onze années m’ont marqué, mais pas usé. Je ne pense pas à ce qui se passera après la prochaine Coupe du monde. Ce n’est pas d’actualité, mais qui sait? Peut-être aurais-je alors envie de retrouver un club.» «Jogi est quelqu’un de tranquille et de serein. Il est imperturbable, glisse Oliver Bierhoff, le manager général de la sélection allemande. C’est sa grande force. Dans les moments d’euphorie, il sait relativiser, et au cours de périodes de doutes, il garde son calme et trouve les bonnes solutions. Il parvient à trouver le juste milieu.»

Souvent critique, l’ancien international Günter Netzer est également admiratif: «Pendant la Coupe du monde 2014, il a énormément aidé l’équipe grâce à son calme, son côté cool et souverain. Et pourtant, c’est lui qui avait le plus à perdre. Sans ce triomphe, il aurait été compliqué de faire croire au public que Löw est un technicien exceptionnel.»

Fautes de goût

Amateur de grands crus et ayant un goût prononcé pour la haute cuisine, celui qui aime également l’élégance vestimentaire accorde une grande importance à son image. Il est ainsi devenu le premier sélectionneur allemand à faire la une des magazines de mode ou des magazines consacrés aux femmes. Vêtu d’une chemise blanche ou d’un pull-over moulant, d’un pantalon en soie et de mocassins pendant les matches, il prend soin que ses cheveux teintés soient toujours impeccables.

Il lui arrive également d’être distrait. Lors de l’entrée en lice de la Mannschaft à l’Euro 2016 contre l’Ukraine (2-0), il avait glissé une main dans son pantalon avant de la porter à son nez. Une image qui n’est pas passée inaperçue. Il s’en est excusé mais a récidivé en huitième de finale face à la Slovaquie (3-0): cette fois-ci, sa main s’est enfouie sous ses aisselles transpirantes… Mais «Jogi» est authentique. Les défis le font avancer. Même en période creuse, il ressent un fort besoin d’adrénaline. Récemment, il est allé escalader le Kilimandjaro.