Les débutants trouvent en général que les 64 mètres carrés d’un terrain de beach-volley sont immenses, impossibles à couvrir à deux. Les athlètes habitués savent eux que la taille ressentie de ce territoire peut énormément varier. Quand une équipe est dominée, la zone d’en face semble rétrécir. C’est comme s’il n’y avait aucun espace pour placer le ballon. Comme si les adversaires étaient partout à la fois.

C’est exactement l’impression qui a dû s’emparer de Joana Heidrich et d’Anouk Vergé-Dépré ce jeudi matin, en demi-finale du tournoi olympique. Face aux Américaines Alix Klineman et April Ross, elles n’ont tout simplement pas existé. Dominées d’un premier bloc mal posé à une ultime attaque hors limite, elles se sont inclinées 21-12 21-11, un gouffre à l’échelle de ce sport.

Offrandes

Les deux Suissesses joueront ce vendredi à 3 heures (heure suisse) contre les Lettones Anastasija Kravcenoka et Tina Graudina, qui n’ont tenu qu’un set face aux Australiennes Artacho Del Solar et Taliqua Clancy (23-21 21-13). En cas de victoire, elles offriront au beach-volley national une deuxième médaille de bronze olympique après celle de Patrick Heuscher et Stefan Kobel à Athènes en 2004.

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L’espoir de se battre pour l’or s’est rapidement évaporé sur le brûlant sable japonais, face à une paire redoutable. Il y avait l’expérimentée April Ross, 39 ans, deuxième des Jeux de Londres en 2012 et troisième de ceux de Rio en 2016 avec deux partenaires différentes, et puis avec elle Alix Klineman, 31 ans, ancienne volleyeuse de salle passée au beach en 2017 seulement, mais véritable épouvantail au filet avec ses 196 centimètres. Dans un bon jour, la très grande Joana Heidrich (190 centimètres) et la solide Anouk Vergé-Dépré boxent dans la même catégorie. Mais elles n’étaient pas dans un bon jour.

La rencontre fut une longue succession d’imprécisions dans tous les secteurs du jeu, jusque dans les gestes les plus simples. A plusieurs reprises, des balles dites «gratuites» – c’est-à-dire renvoyées facilement par l’adversaire – ont été gâchées par une relance ratée et des passes ont traversé le filet, comme autant d’offrandes à la terrible Alix Klineman.

A l’émotion

Les Suissesses n’ont pas trouvé le moyen de résister à la pression américaine, terrible sur Joana Heidrich qui fut la cible de pratiquement tous les services. Mise en difficulté sur sa réception, la Zurichoise a vu le doute s’emparer d’elle jusqu’au filet où elle peut être si dominante. A son actif ce jeudi, pas le moindre bloc, et de trop rares attaques décisives. Anouk Vergé-Dépré, elle, n’a pas réussi à soulager sa partenaire en lui ôtant un peu de responsabilités. En face, c’était tout simplement trop fort.

Le duo suisse fonctionne à l’enthousiasme, à l’émotion. Plusieurs de leurs adversaires se sont plaintes, depuis le début du tournoi, de célébrations jugées trop démonstratives. Cette fois-ci, elles n’ont jamais trouvé leur «zone», cet impalpable espace où les gestes parfaits s’alignent et les points s’enchaînent. Elles n’ont même pas vraiment eu le loisir de manifester leur frustration, trop loin du compte pour que cela en vaille la peine.

Mais rien n’est fini pour les championnes d’Europe 2020. Elles ont encore un match à disputer pour quitter Tokyo sur une performance plus digne de leur talent et de leurs ambitions. Et, peut-être, une médaille de bronze dans les valises.