Il y a des moments, dans une carrière de footballeur, où il ne faut surtout pas se rater. Il y a des matches où une prestation irréprochable peut vous mener durablement sur les chemins de la félicité; où une pâle copie est, à l'inverse, susceptible de vous scier les pattes un bon bout de temps. Pour Johan Djourou, le Israël-Suisse de samedi soir à Tel Aviv, première rencontre des éliminatoires pour le Mondial 2010 en Afrique du Sud, fait partie de ces rendez-vous à ne pas manquer.

«Il semblerait que je vais jouer», s'avance prudemment le joueur d'Arsenal. Gommons le conditionnel: en l'absence de Patrick Müller, qui vient à peine de reprendre l'entraînement avec l'AS Monaco, et de Philippe Senderos, en convalescence à Milan, Johan Djourou entamera la rencontre dans l'axe de la défense, très probablement aux côtés de Stéphane Grichting. Une aubaine qui se présente à point nommé, dans la foulée d'une saison compliquée. Prêté à Birmingham de août à décembre 2007, où il a vite acquis un statut de titulaire dans l'entrejeu, le Genevois de 21 ans a connu ensuite un premier semestre 2008 pourri. Tantôt blessé, tantôt victime d'une concurrence féroce du côté de Londres, le rayon de soleil ivoirien de la Nati n'a pas été aligné une traître minute durant l'Euro. De quoi effacer son habituel sourire, de quoi l'inciter à râler publiquement. «J'aurais mérité d'avoir ma chance au milieu», résume-t-il sans colère ce mercredi, à l'issue de l'entraînement matinal à Freienbach.

Déjà titulaire à Arsenal

Sa chance, la voici. Privé des deux tauliers de ces dernières années, Ottmar Hitzfeld doit faire confiance aux autres. «C'est dans ce genre de circonstances qu'on peut gagner sa place, que de nouvelles formules se créent», dit Djourou sans trop d'états d'âme, déterminé à saisir l'opportunité. Titulaire à trois reprises sous le maillot d'Arsenal en ce début de saison, le jeune homme sent-il le vent tourner en sa faveur? «Avec des gars comme Kolo Touré ou William Gallas dans l'effectif, je sais que je ne serai pas toujours sur le terrain», tempère-t-il. «Mais ça se présente bien. J'ai beaucoup discuté avec Arsène Wenger (ndlr: son entraîneur en Angleterre), je lui ai montré que j'étais prêt à me battre, que je voulais absolument jouer. Je crois qu'il a vu que j'étais en forme.»

Nouvelle saison en Premier League, nouveau sélectionneur et nouvelle campagne pour l'équipe de Suisse; nouveau départ pour Johan Djourou? «On recommence à zéro et, c'est sûr, ça ouvre des perspectives à certains», commente-t-il, soulignant au passage que «le remplacement de Köbi par monsieur Hitzfeld fait du bien». Aligné pour la première fois le 1er mars 2006 à Glasgow, l'ancien pensionnaire d'Etoile Carouge a empilé 18 sélections depuis - pour 952 minutes de jeu. Mais jusqu'ici, il n'a jamais pu s'octroyer un statut de titulaire. «A mon âge, c'est plutôt rare d'être aligné en défense centrale», observe-t-il. «Chaque année, chaque mois, je progresse. Parce qu'Arsenal, c'est un monde où tu apprends forcément beaucoup.»

«Un caractère très fort»

Johan Djourou revendique un «caractère très fort» et un bagage de footballeur «beaucoup plus solide». L'heure va sonner, samedi soir au stade Ramat Gan de Tel Aviv, de donner du poids à ces considérations. Sur le terrain, face à un adversaire devenu redoutable ces dernières années. «On sait à quoi s'attendre. L'équipe d'Israël est très forte à domicile. Ils vont jouer dur, provoquer le plus possible. Mais bon, au plus haut niveau, c'est toujours pareil...» récite le Genevois en vieux briscard. La perspective d'évoluer avec l'Auxerrois Stéphane Grichting, qui fut son compère il y a deux semaines face à Chypre mais avec qui il n'a que peu de vécu, ne semble pas le perturber: «Ça fait quand même pas mal de temps qu'on se côtoie à l'entraînement et, si on joue de la même manière en match, il n'y aura pas de problème.» Ce serait bien, pour lui comme pour la Suisse. Parce qu'il y a des moments où il ne faut surtout pas se rater.