MONDIAL 2006

Johan Djourou, le soleil ivoirien de la Nati

Né à Abidjan voici dix-neuf ans, le joueur d'Arsenal pourrait fêter sa deuxième sélection en équipe de Suisse, ce samedi à Bâle, face à son pays d'origine. Décontracté et souriant, il fait mine de ne pas s'en émouvoir.

«Ce sera un match comme les autres», dit-il sans trop convaincre. Le Suisse - Côte d'Ivoire de ce samedi à Bâle (17h30), première rencontre préparatoire de la Nati sur le chemin de la Coupe du monde, peut-il réellement revêtir un caractère anodin pour Johan Djourou? Non. Né à Abidjan le 18 janvier 1987, le joueur d'Arsenal a passé les dix-sept premiers mois de son existence sur le continent africain. De ses racines, il conserve une décontraction naturelle, un sens du rythme inné et une inextinguible bonne humeur. Tandis que la Fédération ivoirienne commençait à lui faire les yeux doux, Köbi Kuhn a pris les devants en février dernier, offrant au jeune colosse (1,91 m pour 90 kilos) une première sélection le 1er mars en Ecosse. Moins de trois mois plus tard, avec son immuable sourire et ses mirettes rêveuses, Johan Djourou donne l'impression de faire partie des meubles, de la famille. Déjà.

«Tout va si vite pour moi... Lorsque j'ai reçu le coup de fil de Monsieur Kuhn, j'ai d'abord été surpris», raconte-t-il. «Mais je n'ai pas hésité à répondre favorablement à son invitation.» Les arguments de Kolo Touré et Emmanuel Eboué, ses coéquipiers ivoiriens sous le maillot des Gunners, n'y ont rien changé. Les supplications de son frère cadet Olivier, grand admirateur de Didier Drogba, non plus. «J'ai grandi en Suisse, je me sens Suisse», répète Johan Djourou, persuadé d'avoir fait le bon choix.

Incarnation parfaite d'une Helvétie multiculturelle, ambitieuse et enjouée, celui qui évoluait en 1re ligue à l'âge de 15 ans avec Etoile Carouge, le club de son enfance, a gravi les échelons à la vitesse grand V. Premier international directement issu du centre de formation de l'Association suisse de football à Payerne, Johan Djourou est repéré par les recruteurs d'Arsenal sous le maillot de la sélection des «M17». Il a 16 ans et quitte illico le giron familial et les potes de la Fontenette pour empoigner l'aventure londonienne. Il se rappelle une prise de contact rugueuse «avec ces jeunes Anglais qui ne doutent de rien»: «J'étais timide, je manquais de confiance en moi, je me suis fait violence», égrène-t-il sans sourciller. Bientôt, il suit le chemin tracé par Philippe Senderos et obtient le droit de se frotter aux stars de la première équipe: «J'étais un peu impressionné et j'ai passé un petit moment à les regarder jouer», sourit-il. «Et puis je me suis lancé, quitte à poser un tacle sur Thierry Henry lorsqu'il le fallait.» Il fête ses débuts en Premier League au mois de janvier 2006 par un triomphe (7-0) face à Middlesbrough.

Facilitée par le «clan» des Genevois - Johann Vogel, Patrick Müller, Philippe Senderos et l'entraîneur adjoint Michel Pont -, l'intégration de Johan Djourou au sein de l'équipe de Suisse se déroule sans anicroche, «dans une ambiance superbe car personne ne se prend la tête». Comme Arsène Wenger à Arsenal, Köbi Kuhn joue l'atout jeunesse. L'intéressé en profite: «Il est rare qu'un défenseur central de 19 ans reçoive sa chance au plus haut niveau», note-t-il avec une reconnaissance non feinte. «Je suis toujours prêt. Je suis à disposition et je ne demande qu'à jouer», ajoute-t-il en forme d'appel du pied.

Confiné le plus souvent au rôle de remplaçant, Johan Djourou sait que l'avenir lui appartient. Du côté d'Arsenal, les observateurs n'hésitent pas à le désigner comme le successeur de Patrick Vieira, monument de l'entrejeu parti l'été dernier pour la Juventus. Sans forfanterie, il décline la comparaison: «Je suis très flatté, mais mon but n'est pas d'être un deuxième Vieira. Je veux être un premier Djourou.»

Accro de la PlayStation, inconditionnel du Walkman - rap, soul, R & B - le plus Ivoirien des Suisses croit en son destin. Mais il ne cherche pas à le brusquer. Lorsqu'on lui demande si le fait d'être utilisé en défense centrale plutôt que dans l'entrejeu, sa zone de prédilection, il prend un air interloqué. Avec Johan Djourou, la joie prend toujours le dessus: «J'aime tellement jouer que, pour être honnête, le poste où on m'emploie ne fait aucune différence à mes yeux. Ce qui prime, c'est d'être sur le terrain et de s'y amuser. Après, je ne suis pas du genre à faire la gueule si je dois m'asseoir sur le banc.»

Johan Djourou aborde la Coupe du monde avec gourmandise, comme une «cerise sur le gâteau». «Tout cela est exceptionnel. C'est un rêve qui se réalise. J'en suis très fier parce que j'ai beaucoup travaillé pour en arriver là», dit-il. Avec le sourire et la fraîcheur qui caractérisent l'équipe de Suisse.

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