Hockey sur glace

John Gobbi: «Il faut aider les hockeyeurs de demain»

Passé par les bancs de l’université, le capitaine du Lausanne HC ne s’inquiète pas pour son propre avenir professionnel, mais il milite pour la mise en place d’un système facilitant la reconversion des sportifs d’élite, un peu livrés à eux-mêmes au bout de leur carrière

John Gobbi ne sera pas sur la glace, ce mardi, lors du derby romand entre Fribourg-Gottéron et le Lausanne HC (19h45): il est blessé depuis la fin du mois d’octobre. La compétition lui manque, mais il n’a pas le temps de s’ennuyer pour autant. Cas rare dans le hockey professionnel, le Tessinois (36 ans) a toujours conservé d’autres activités à côté du sport.

Côté ville, il y a eu des études universitaires jusqu’en 2011 (avec un master en comptabilité et en finance), puis différents projets de business et, depuis 2015, un temps partiel dans une fiduciaire. Côté glace, il s’investit pour que les sportifs participent à des actions caritatives (via la fondation LHC Players) et pour qu’ils défendent leurs intérêts (via l’association suisse des joueurs). Il plaide aujourd’hui pour un meilleur accompagnement des hockeyeurs en fin de carrière. L’enjeu n’est pas personnel, mais «lorsqu’on a l’opportunité d’aider les hockeyeurs de demain, il faut le faire». Rencontre dans les entrailles de Malley 2.0.

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Le Temps: Quelle est l’importance du syndicat des joueurs, dont vous faites partie?

John Gobbi: Au sein du hockey suisse, plusieurs forces coexistent: la ligue, les clubs, les arbitres… Pendant longtemps, nous, les joueurs, ne parlions pas d’une même voix pour défendre nos intérêts communs sur des thèmes comme la sécurité ou le calendrier. L’association existe maintenant depuis trois saisons, sur le modèle de ce qu’il y a en NHL ou dans le football suisse par exemple.

En tant que capitaine, je suis un des délégués du LHC. Cette structure nous a déjà permis d’avoir un impact décisif sur plusieurs dossiers, comme celui de l’installation de bandes permettant de diminuer le nombre de blessures. Aujourd’hui, selon moi, le chantier primordial est de faciliter la reconversion des joueurs professionnels.

Pourquoi?

Pendant les quinze ou vingt ans de carrière d’un hockeyeur, son investissement est total. Il a peu de temps pour lui. Il met sa santé en péril au nom du jeu. Et à la fin, il se retrouve entre 30 et 40 ans à devoir trouver une nouvelle place dans le monde du travail. J’ai quelques amis à l’heure actuelle dans cette situation, et elle est loin d’être évidente.

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Existe-t-il une solution?

Mon idée, qui sera prochainement discutée, c’est de mettre en place un système qui propose à tous les joueurs arrivant à un âge donné – 28 ans, par exemple – un test de compétences. Cela permettrait de les sensibiliser à leurs atouts et surtout de leur expliquer quelles portes ils peuvent ouvrir, quelles formations ils peuvent entamer, quels métiers ils peuvent viser. Bien sûr, ce ne serait pas obligatoire, mais les joueurs saisiraient l’opportunité car à 28 ans, ils commencent tous à se poser des questions. C’est un sujet qui revient parfois dans le vestiaire: la peur de devoir repartir non pas à zéro, mais au début d’une nouvelle histoire.

Le sport d’élite ne permet-il pas de développer des qualités valorisées par le monde de l’entreprise?

Si, bien sûr. Nous savons fonctionner en équipe. Nous avons beaucoup de volonté, une méthodologie de travail, de la discipline… Mais il faut savoir traduire tout cela en un nouveau métier et le gros problème, c’est que certains ne savent tout simplement pas quoi faire. Beaucoup se lancent un peu par défaut dans une formation d’entraîneur, mais il n’y a pas 150 places à pourvoir chaque année en Suisse. D’où l’importance de savoir où l’on va.

Une idée reçue veut que les sportifs professionnels gagnent assez d’argent pour pouvoir voir venir à la fin de leur carrière…

C’est clair que certains joueurs ont de bons salaires. Mais je ne connais aucun joueur qui peut vivre toute sa vie sur les économies de sa carrière, sans avoir à trouver un nouveau métier. C’est peut-être le cas en NHL ou dans les meilleurs championnats de football, mais pas dans le hockey suisse.

La meilleure solution pour réussir sa reconversion n’est-elle pas de continuer des études à côté du sport, comme vous l’avez fait?

Bien sûr que c’est idéal. Mais moi, j’ai toujours eu le double rêve de devenir hockeyeur professionnel et d’aller à l’université. J’ai dû me battre pour obtenir des conditions qui me permettent de concilier les deux et j’ai eu la chance de trouver, à l’université, des gens qui ont accepté d’adapter un peu mon cursus, de déplacer des sessions d’examens…

Aujourd’hui, certaines universités proposent des aménagements aux sportifs d’élite et c’est une bonne chose, mais en parallèle côté hockey, il y a davantage de matches à jouer que lorsque j’étudiais, avec la Coupe de Suisse, la Ligue des champions… Tout mener de front n’est vraiment pas aisé, il faut une vraie volonté et beaucoup d’organisation.

Personnellement, pensez-vous beaucoup à l’après-hockey?

J’ai déjà planifié certaines choses, j’ai quelques pistes. J’aimerais combiner mes compétences en comptabilité, en finance et en sport de haut niveau. J’ai la chance d’avoir toujours gardé un pied dans des activités parallèles au sport, différentes expériences. J’ai fondé une carrosserie, une société de glace synthétique, une académie de hockey pour les jeunes au Tessin. Depuis 2015, j’ai aussi un 20% dans une fiduciaire. J’aime être bien occupé.

Vous n’aurez pas à bénéficier d’un système d’aide à la reconversion…

A mon âge, ce n’est plus pour moi que je m’investis. Mais ce que l’association des joueurs met en place aujourd’hui profitera à ceux qui ont 20 ans maintenant et aux plus jeunes, c’est important de faire progresser les acquis.

Votre cousin Norman Gobbi est conseiller d’Etat au Tessin. Y a-t-il une fibre politique, une sensibilité pour la chose publique dans la famille?

Non, c’est vraiment son truc à lui. Il a toujours été très bon dans la communication et la politique, son parcours en atteste: il aurait pu être élu au Conseil fédéral à 38 ans! Notre lien, c’est la passion qu’on met dans nos activités. Plus jeunes, nous faisions ensemble les trajets entre Ambri et Piotta vers Bellinzone, pour les cours, et nous discutions beaucoup. Mais son truc était la politique, et le mien le hockey.

La politique, ce ne sera jamais pour vous?

Je ne sais pas. Je m’intéresse aux affaires de la Suisse, du Tessin, du canton de Vaud et je me rends compte que parfois, c’est en s’engageant en politique qu’on peut faire bouger les choses. Mais il n’y a rien de prévu de ce côté-là pour l’instant.

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