Le Temps: 1998-2008, une décennie de présidence, sans compter l’année en cours. Qu’avez-vous fait de ces dix ans?

Joseph Blatter: Aujourd’hui, la FIFA s’inscrit comme une institution mondiale respectée, où la solidarité est devenue primordiale. Dans le domaine de l’éducation, scolaire ou de la vie, grâce au football, nous avons réalisé un grand pas en avant, même s’il reste du chemin, notamment en matière de santé.

– Que voulez-vous dire?

– Que nous devons accomplir encore beaucoup plus pour assumer notre responsabilité envers la société. Par le biais de notre programme Football for Health, nous allons œuvrer avec les autorités sanitaires de tous les pays afin que les footballeurs, d’où qu’ils proviennent, soient suivis médicalement et en bonne santé.

– Quels montants la FIFA investit-elle dans ses divers programmes d’aide aux pays émergents par le foot?

– Rien qu’en Afrique, à titre d’exemple, 40 millions de dollars annuels.

– On se souvient de votre prédécesseur, João Havelange, parce qu’il a universalisé le tour final de la Coupe du monde en le portant de 16 à 24 puis 32 équipes. Et vous, quel sera votre héritage?

– En tout cas, ce ne sera pas «trois corners égalent penalty»! Ça, les joueurs s’en chargent. Sérieusement, je crois que le «legs Blatter» consistera en cette immense solidarité qui unit le football aujourd’hui. Avec les émotions, les passions, les joies que cela induit pour le joueur et le spectateur. Notre sport touche le monde entier, ce qui nous autorise à rendre ce dernier un peu plus viable. Football, école, santé: voici les trois mots-clés de mon credo.

– D’ici le printemps 2011, terme de votre mandat, quel dessein vous tient-il le plus à cœur?

– Utiliser la première Coupe du monde africaine dans le but d’attirer d’importantes fondations privées pour qu’elles agissent avec nous au-delà des dons. Confucius, le premier humaniste qui a marqué mon existence, disait: «Si tu veux aider ton prochain, ne lui donne pas un poisson, montre-lui comment pêcher.» Cette phrase résume ma philosophie du football.

– Vous ne parlez pas comme un dirigeant qui envisage de se retirer d’ici deux ans. Solliciterez-vous un nouveau quadriennat à 75 ans?

– Cela dépendra du congrès de la FIFA… et de Dieu, s’il me prête vie. Moi, j’estime que je n’ai pas terminé ma mission. Je serai à disposition pour un mandat supplémentaire.

– Terminer votre mission, ça signifie quoi?

– Réussir à transformer le football en un mouvement vers un monde meilleur. Je parle d’intégration et d’éducation des humains par le jeu. Là, j’aurai fini.