Éditorial

Jouer avec, et non pas contre

OPINION. Indissociables et inséparables, Nadal et Federer, qui se retrouvent vendredi après-midi sur le Centre Court de Wimbledon, ont appris à apprécier avec le temps ce que chacun devait à l’autre

Selon la tradition, Roger Federer et Rafael Nadal vont pénétrer ensemble ce vendredi après-midi sur le Centre Court et ils en repartiront ensemble. A Wimbledon, cela n’était plus arrivé depuis le 6 juillet 2008 et une finale mythique remportée par Nadal, considérée comme le plus grand match de l’histoire du tennis. Cette partie est immédiatement entrée dans la mythologie sportive, autant par sa dramaturgie (mené deux sets à rien, Federer revient mais s’incline finalement), sa durée (4h47 de jeu, trois interruptions dues à la pluie), ses légendes (la double faute de Nadal dans le tie-break du quatrième set, le remontage de bretelles de Roger par Mirka dans le secret du vestiaire), sa portée historique (première victoire de Nadal hors Roland-Garros) et son esthétique, baignée dans une lumière crépusculaire.

Roger Federer avait vécu sur le moment sa défaite comme «un désastre». Avec le recul, il lui doit beaucoup. Elle l’a fait grandir comme joueur, l’obligeant à se remettre en question. Elle l’a rendu moins lisse, plus humain. Puisqu’il pouvait perdre, ses victoires prenaient davantage de valeur. Le plus bel échec de sa carrière a fouetté son orgueil et lui a sans doute permis de durer et d’être encore fidèle au rendez-vous, onze ans après. Il retrouve Rafael Nadal pour la quarantième fois de leur histoire commune.