«Cela a assez duré. Ce matin, joueurs et staff ont discuté pour faire bloc. Nous avons décidé de faire grève. Nous agissons ainsi pour faire bouger les choses», explique Blaise Piffaretti, le capitaine du FC Sion. Malgré la gravité de la situation, le ton reste posé. «Nous sommes des footballeurs professionnels, et, comme n'importe quel salarié, nous n'avons pas de raison de travailler si nos salaires ne sont pas versés. Durant le premier tour, nous avons souvent accepté une situation un peu tangente (ndlr, jusqu'à vingt jours de retard dans le versement des salaires) et sommes restés solidaires. Nous n'avons pensé qu'au résultat sportif. Là, ç'en est trop. D'autant que fin novembre, nous avions reçu des garanties de notre président.» Même son de cloche chez le milieu de terrain Eric Baubonne: «Nous avons toujours travaillé comme il le faut, même quand les salaires tombaient avec du retard. C'était le moment de marquer le coup.»

Vendredi, jour de la reprise de l'entraînement à Tourbillon, les joueurs du FC Sion ont donc décidé un mouvement de protestation. En fait, ils attendent encore le versement des salaires des mois de novembre et de décembre, comme l'encadrement technique et administratif de la société anonyme, soit soixante-six personnes au total. Les joueurs ne reprendront leur activité qu'après avoir reçu des assurances formelles du président Gilbert Kadji. «Nous attendons jusqu'à lundi. Nous espérons avoir un interlocuteur», précise Blaise Piffaretti. «Malgré tous nos efforts sur le terrain, nous sommes trop souvent considérés en dernier. Notre action doit servir de détonateur», explique l'entraîneur Henri Stambouli.

Joueurs et staff ne se sont pas trompés de stratégie. La revendication a déjà porté ses fruits. «Lundi, les salaires de novembre seront versés», promet Michel Chemegnie, le directeur général du club, représentant de Gilbert Kadji à Sion. En contact permanent avec le président camerounais du club, «qui sera en Valais la semaine prochaine», il assure que «les salaires de décembre seront versés en fin de semaine prochaine. Nous attendons des encaissements.» Parmi ceux-ci, l'argent du transfert d'Hervé Tum, parti à Bâle à l'intersaison. Un véritable ballon d'oxygène. On parle de 800 000 francs pour cette opération. Autres recettes potentielles: des contrats de sponsoring et l'argent de débiteurs attendu depuis un certain temps.

Les semaines à venir seront certainement difficiles pour le FC Sion. Il suffit pour s'en convaincre de se remémorer l'ultimatum que Gilbert Kadji a lancé il y a deux mois et demi: «J'assumerai mes engagements jusqu'au terme de la présente saison. Mais si dans les six mois à venir, je ne trouve aucun partenaire susceptible de m'aider ou de reprendre le club, je ne répondrai plus de l'avenir du FC Sion. Je ne commencerai pas le prochain exercice si je ne suis pas certain de pouvoir le mener à son terme.» Un discours que confirme Michel Chemegnie: «Depuis un certain temps, Gilbert Kadji a sorti beaucoup d'argent de sa poche. Il n'est plus enclin à le faire.» A l'heure actuelle, repreneurs ou partenaires ne se poussent pas au portillon. Gilbert Kadji poursuivra-t-il sa mission au-delà du 30 juin? Rien n'est sûr aujourd'hui.

C'est à nouveau sur le plan sportif que les supporters sédunois devraient avoir les plus belles satisfactions. Engagé dans le tour final pour le titre de champion de LNA, le FC Sion sera privé au printemps de ses deux meilleurs attaquants: outre Tum parti à Bâle, le Brésilien Enilton est retourné au pays. Sa femme ne se plaisait pas en Suisse. Mais Henri Stambouli, qui a refusé en décembre une offre du Lausanne-Sports, a montré l'automne dernier qu'il savait tirer le maximum de ses joueurs. «Je crois en l'équipe et en son jeune potentiel», dit-il. L'équipe partira en camp d'entraînement dans le sud de la France, au Canet-en-Roussillon, du 17 au 27 janvier prochain. Un bol d'air frais après une reprise aussi mouvementée.