Le feuilleton tragi-comique dont l'enjeu est la survie du Lausanne-Sports n'en finit pas de rebondir. A priori pas dans le bon sens. Nouvelle onde de choc, la grève décidée par les joueurs. L'équipe ne s'est entraînée ni mardi ni mercredi, et doit rencontrer les dirigeants aujourd'hui. Ce n'est pas pour calmer les esprits. Axé sur des valeurs telles que la confiance et la transparence, le discours du président Philippe Guignard ne convainc pas tout le monde. Dans ce qui s'apparente désormais à un amalgame amer entre poker menteur et guerre psychologique, plus personne n'y trouve son compte. Le comité qui s'escrime à sauver le club sombre dans une paranoïa désabusée. Les créanciers se sentent lésés et refusent de revoir leurs exigences à la baisse. Les sponsors revenus d'un futur hypothétique, refroidis par une situation fumeuse, rechignent à s'engager. Les observateurs et amis du LS y perdent leur latin et la justice s'apprête à sévir. Plongée dans les entrailles d'une institution au bord de l'implosion.

Extrêmement pénible depuis des mois pour des raisons de trésorerie, le contexte est désormais miné par un enchevêtrement de rancœurs et d'inimitiés. L'ancien entraîneur Pablo Iglesias et Philippe Guignard ne s'adressent plus la parole. «Lorsqu'on m'a retiré la direction de la première équipe, avec laquelle nous avons fait un cheminement intéressant, cela n'a pas été facile d'un point de vue émotionnel», raconte celui qui a été écarté au profit d'un prestigieux bénévole, Gabriel Calderon. «Le comité a réduit mon salaire de 20% sans m'en avertir, alors qu'on me doit déjà l'équivalent de deux mensualités. Monsieur Guignard parle de respect, mais il en a manqué à mon égard. Toujours prêt à servir les couleurs du club, j'ai évité à mettre de l'huile sur le feu, mais j'avoue que je commence à bouillonner.»

Philippe Guignard a récemment affirmé qu'il y avait suffisamment d'argent à disposition pour honorer les salaires jusqu'à la fin de la saison – les charges mensuelles ont été réduites de 300 à 200 000 francs. En ne payant pas les salaires du mois de février, il a provoqué la colère des joueurs. «J'ai une famille, j'ai un loyer. J'ai besoin de gagner ma vie», se défend l'un d'eux. Les joueurs avaient toléré trois mois sans revenus de juillet à septembre 2002, à une époque où ils ont occupé, certes de manière furtive, la tête du Championnat de Ligue nationale B. Beaucoup ont entre-temps accepté de réduire leurs revenus. Aujourd'hui, plus aucune ambition sportive ne leur fait oublier une incertitude et un ras-le-bol croissants. «Cette grève n'est qu'un coup supplémentaire, soupire le président. Il fait mal parce qu'il vient de l'intérieur. Nous nous démenons pour sauver l'emploi de jeunes joueurs, voilà comment ils réagissent. Chacun doit fournir un effort pour sauver le club et prendre ses responsabilités. A cet égard, la défaite (1-6) face à Concordia Bâle n'a pas aidé.»

Au-delà des intérêts personnels, le non-paiement des salaires signifie que les conditions du sursis concordataire ne sont pas respectées. Conséquence directe: alerté, le président du tribunal d'arrondissement a convoqué tout le monde, jeudi prochain, devant la justice. «Si la situation devait rester en l'état, la révocation du sursis concordataire serait inévitable», prévient Daniel Schwab, agent d'affaires breveté en charge du dossier.

Conseiller juridique du club vaudois, l'avocat Philippe Chaulmontet tente encore de trouver une issue à un problème qui semble insoluble. Sa double mission consiste, d'une part, à convaincre les sponsors qui ont promis d'investir à l'avenir de mettre la main à la poche plus tôt que prévu, et d'autre part, à persuader «les quatre ou cinq créanciers irréductibles» de renoncer à une importante partie de leur dû. «Je multiplie les rendez-vous en quête d'une solution, explique-t-il. La grève des joueurs inquiète les sponsors et l'engagement, même gratuit, de Gabriel Calderon et Marc Biver fait penser aux créanciers que le club a plus de moyens qu'il n'y paraît. Annoncer cette collaboration avec deux personnalités renommées était peut-être prématuré d'un point de vue stratégique. Mais l'idée consistait à attirer des annonceurs. Toujours est-il que ce malentendu rend les négociations encore plus rudes.»

Quelques lueurs d'espoir pointent toutefois dans le paysage sombre de la Pontaise. Un litige anguleux pourrait être résolu. Ancien entraîneur à succès, Pierre-André Schürmann se déclare prêt à faire d'«énormes concessions» en renonçant à une partie de la somme qu'on lui doit: «Les discussions en cours devraient aboutir. J'ai fait un grand pas et la balle est dans le camp des dirigeants. Mais quand je pense à ce que j'ai apporté au club, je ne peux m'empêcher de trouver cette situation injuste.»