Juan Martin Del Potro a grandi trop vite, homme pressé et attendu. A 19 ans, il culmine à presque deux mètres et frappe aux portes du top ten, où tout le monde célèbre déjà sa grandeur. Il est la curiosité du moment, le «winner» à la mode. Depuis sa sortie au deuxième tour de Wimbledon, le prodige argentin a remporté quatre tournois d'affilée, et aligné vingt-trois victimes!

Juan Martin Del Potro a grandi trop vite et sa carcasse, longtemps, a grincé comme une vieille porte de grange. Dos, vertèbres et genoux ont grippé un talent largement identifié, grand corps malade surmonté d'une tignasse de guitariste, coupe façon saut du lit, et d'un éternel faciès de lendemain d'hier.

Les statisticiens lui rappellent que parmi les onze joueurs à avoir enquillé des chiffres comme les siens, tous sont devenus numéro un mondial - à une exception, Jimmy Arias. Le jeu, certes, est d'obédience utilitaire: «Delpo» ne transporte pas d'allégresse, il aspire à une efficience de type anglo-saxon, mieux adaptée aux surfaces dures que, contrairement aux idées reçues, à la terre battue de ses ancêtres.

Juan Martin Del Potro a grandi trop vite mais, le temps de déplier son double mètre, il prend la mesure de tous ses adversaires, parfois en les prenant de haut. Juché sur ses certitudes, il affrontera Andy Murray, son pendant britannique, dont il avait insulté la mère au tournoi de Rome.