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Juan Martin del Potro, christique et extatique après sa victoire sur Dominic Thiem en huitième de finale de l’US Open.
© Eduardo Munoz Alvarez/AFP Photo

Tennis

Quand Juan Martin del Potro joue, c’est le public qui crie «Vamos!»

Adversaire mercredi de Roger Federer en quart de finale de l’US Open, le joueur argentin n’a pas son pareil pour donner à ses matchs une dimension épique. Toujours avec le soutien des spectateurs

Juan Martin del Potro peut-il battre Roger Federer mercredi en quart de finale de l’US Open? A l’applaudimètre, certainement. Le Bâlois est le favori des pronostiqueurs, mais pour celui du public, il y aura match entre le génie du tennis et «le joueur que tout le monde aime», comme l’avait défini l’an dernier le Wall Street Journal.

La rencontre est programmée à l’Arthur Ashe Stadium, un court que del Potro avait quitté le 8 septembre 2016 en quart de finale et en larmes, vaincu par un Suisse (Stan Wawrinka) autant que par l’émotion. Alors que Wawrinka, futur vainqueur du tournoi, s’apprêtait à servir pour le match, le public réserva une longue standing ovation à celui qui allait perdre après avoir tant donné. Cette scène forte, poignante même, est rarissime sur le circuit ATP. Elle est habituelle pour Juan Martin del Potro, lacrymal hero, et pourrait bien se répéter contre Federer.

Cette année, l’Argentin a joué trois fois sur le Grandstand. Ce court, le troisième en importance à Flushing Meadows, a la particularité d’être accessible à tous. Les spectateurs sans place numérotée peuvent voir le match depuis une large galerie qui ceinture la partie supérieure du stade.

Une ambiance de «fútbol»

Thiem-del Potro fut d’abord le huitième de finale le plus prometteur, puis le plus décevant (lorsque Dominic Thiem mena rapidement 6-1 6-2), puis finalement le plus fou, lorsque del Potro refit lentement son retard. Alors la foule, informée par les multiples écrans géants disséminés sur le site, se mit à converger vers le Grandstand. Enfin il se passait quelque chose dans cet US Open.

Lorsque del Potro arracha à Thiem un tie-break dans la quatrième manche après avoir sauvé deux balles de match, ce n’était plus un court de tennis mais un stade de football. Nous n’étions plus à New York mais à Buenos Aires. Ce n’était plus le Grandstand mais la Bombonera, le Nuevo Gasometro, un petit Monumental.

Sur la coursive, trois rangées de spectateurs se tenaient debout dans l’espoir d’apercevoir quelque chose. On investissait les marches d’escalier, on se laissait couler en douce sur un siège interdit mais inoccupé, on grimpait sur les murs, on escaladait les rambardes. Et si cet aguillage précaire autorisait la libération d’une main, celle-ci accompagnait du geste le chant qu’une poignée d’Argentins bondissants avait réussi à refiler comme un virus à tout le stade. «Olééé, olé-olé-olééé, Delpooo…, Delpooo…»

A 6-1 6-2 pour Thiem, ces gars-là avaient convaincu leur compatriote de ne pas abandonner. Point de départ de la remontada. «J’ai pris leur énergie, j’ai continué à me battre et je n’ai plus lâché aucun point à partir de là. J’étais prêt à gagner le match», dira «Delpo». Lorsqu’il joue, c’est le public qui crie «Vamos!».

La Tour de Tandil vacille

L’Argentin est familier de ces matchs qui basculent dans l’irrationnel. Dominic Thiem beaucoup moins. L’Autrichien perdait peu à peu de sa superbe, dans le jeu, en forçant trop ses attaques, comme dans sa geste. Ce parfait bon élève se retrouvait ébouriffé par cet adversaire aux allures d’épouvantail.

Grand, lent, faussement pataud, Juan Martin del Potro a l’air de jouer au ralenti. Il traîne sur le court un air de chien battu et semble avare de ses mouvements comme de ses mots. Sa générosité est pourtant totale. Et son charisme mystérieux. Il tient dans la fragilité qui émane de sa carcasse de géant. La «Tour de Tandil» vacille souvent mais ne se laisse pas abattre. Pas sans combattre, du moins.

«Les gens aiment les efforts que j’ai faits pour revenir, ils savent tout ce que j’ai traversé avec mes problèmes de poignet [trois opérations successives et un revers atrophié]. Ils aiment un mec qui n’abandonne jamais, qui essaye de jouer au tennis.»

«Les gens l’aiment parce qu’il est un exemple de dépassement et de résilience. Beaucoup, et lui le premier, pensaient qu’il ne reviendrait jamais à ce niveau», estime le journaliste argentin Sebastián Torok, qui vient de lui consacrer une très riche biographie, El Milagro del Potro (Le miracle del Potro). «Il est aussi intelligent et sait comment s’y prendre avec le public.»

Une histoire de challenges

Les journalistes argentins disent que del Potro a «une amitié avec l’épique». Dans la cinquième manche, il fait la course en tête mais Thiem résiste et a même sauvé trois balles de break à 0-40, alors que le public faisait déjà tournoyer les t-shirts en sautillant sur place. A 5-4 del Potro et 30-40 sur son service, Dominic Thiem sauve une première balle de match. Il vient de manquer une balle de 5-5 lorsqu'un puissant coup droit croisé tombé pas loin de la ligne est annoncé «faute».

D’un geste machinal, Thiem demande un challenge, avant de s’apercevoir qu’il n’en a plus (il a gaspillé son dernier un peu bêtement quelques points plus tôt).

Nouvelle balle de match pour del Potro. Le premier service est dehors. Sur le second, Thiem prend tous les risques et vise la ligne côté extérieur, juste derrière le filet. On sent que l’arbitre hésite. Dans le doute, il s’abstient mais del Potro, à qui il reste un challenge, le sollicite. Le zoom sur l’écran géant est sans appel: out. Double faute Thiem. Jeu, set et match del Potro (1-6 2-6 6-1 7-6 6-4).

Federer a entendu la foule

L’Argentin laisse tomber sa raquette, avance d’un pas toujours aussi lourd, toujours aussi las, vers son adversaire et l’arbitre, puis, lentement, se campe au milieu du court, jambes écartées, bras en croix, mains ouvertes. Il capte l’énergie du stade, se nourrit de l’ovation de la foule, qui bien sûr chante et saute et danse. «Olééé, olé-olé-olééé, Delpooo…, Delpooo…»

Le chant monte dans le ciel ouvert du Grandstand, entre les arbres et les projecteurs. Il fait nuit mais l’on distingue en surplomb l’imposante façade noire de l’Arthur Ashe Stadium, où Roger Federer est en train de laminer Philipp Kohlschreiber devant un parterre de VIP dissipés. Sombre comme un vaisseau amiral, refermé comme une carapace, le stade ressemble à une forteresse. «C’est la première fois que j’entendais les clameurs du Grandstand», dira Federer. Un avertissement?

Lire aussi: Roger Federer a trouvé son rythme de croisière

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