La course semble déjà avoir commencé pour Justine Mettraux. L’idée avait germé dans son esprit lorsqu’elle a participé au tour du monde en équipage entre 2014 et 2015: prendre part au Vendée Globe. Elle n’a pas pu réunir la somme nécessaire pour participer à la course qui est en train de s’achever, mais la prochaine fois, la Genevoise compte bien figurer sur la ligne de départ aux Sables-d’Olonne en 2024. «Obtenir tous les financements demeure une des plus grandes difficultés pour avoir un bateau et participer à cette course», reconnaît la navigatrice.

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Après avoir établi un record sur le tour des îles Britanniques avec les Suisses Valentin Gautier et Simon Koster, la skippeuse de 34 ans a intégré le projet «11th Hour Racing» en début d’année. Elle naviguera avec l’Anglais Simon Fisher sur l’ancien Imoca Hugo Boss que le skipper britannique Alex Thomson avait emmené dans son Vendée Globe 2016-2017. Son objectif? Faire ses armes sur ces formules 1 des mers de 60 pieds (18,28 mètres) et acquérir suffisamment d’expérience pour naviguer en solitaire.

Formée à l’Imoca

Au téléphone, la navigatrice s’enthousiasme: «Dans ce sport, on n’arrête jamais de progresser.» Elle a vécu ses premières expériences en Imoca avec la skippeuse franco-allemande Isabelle Joschke avant qu’elle ne parte sur la dernière édition du Vendée Globe. En octobre 2020, lors d’une transatlantique entre Newport et Concarneau, à bord du 11th Hour Racing, la Genevoise a montré de quoi elle était capable. «La traversée faisait office de sélection. Ça s’est bien passé. On m’a ensuite proposé d’entrer dans l’équipe.»

Dès lors, son année 2021 est réglée comme du papier à musique. Tout en cherchant les financements pour le Vendée Globe, sa saison de régate débutera avec The Ocean Race Europe, un tour de quatre semaines le long du continent, et s’achèvera avec la Transat Jacques Vabre, en octobre. «De l’extérieur, on ne réalise pas que le métier de marin ne consiste pas uniquement à naviguer. Il faut être techniquement bon, préparé mentalement et physiquement, et surtout faire le travail de représentation pour le public et les sponsors.»

Un modèle pour les suivantes

L’une des rares femmes dans le milieu masculin de la mer, Justine Mettraux n’a jamais cessé, depuis ses débuts, de devoir justifier sa présence parmi les marins. Pour elle aujourd’hui, plus rien n’est à prouver. Souvent en tête de classement féminin et détentrice d’une expérience qui force le respect, elle précise: «C’est important que les jeunes navigatrices puissent se projeter dans l’avenir et voir qu’une femme fait ce qu’elles souhaitent faire.» 

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Si la Suissesse vit à Lorient, en Bretagne, depuis 2011, c’est essentiellement pour se préparer à la navigation en solitaire. Les résultats ne se sont d’ailleurs pas fait attendre. En 2013, elle a terminé à la deuxième place de la Mini Transat. En 2017, elle a pris le départ de la Solo Urgo-Le Figaro, aussi appelée «La Solitaire», une course connue pour être particulièrement exigeante sur des voiliers de 10 mètres, et a fini 7e.

Afin de se tenir prête pour la course que l’on nomme l’Everest des mers en 2024, la skipper dédiera ces quatre prochaines années à l’apprivoisement de l’Imoca. Justine Mettraux aime franchir les étapes naturellement. Elle se réjouit: «En équipage, l’aspect humain domine. En solitaire, c’est la polyvalence. Pouvoir progresser sur ces bateaux est une belle opportunité.»