Dimanche soir, la Juventus Turin, dite Vieille Dame en raison de son année de naissance (1897), a célébré son 28e titre de championne d’Italie. Non, pardon, le 30e. Non, excusez, c’est bien le 28e. Non… On pourrait persister longtemps dans la litanie. Comme le font, d’ailleurs, les quotidiens sportifs transalpins de lundi avec ces deux nombres devenus pommes de discorde nationale.

Selon qu’ils soient plutôt en faveur ou en défaveur des Bianconeri, les journaux s’en donnent à pleines colonnes. Ainsi, Tuttosport (pro-Juve) étale un 30 géant à la une, tandis que La Gazzetta dello Sport (pro-AC Milan et Inter) insiste sur le fait que «c’était le 28e Scudetto». Quant au romain (AS Rome et Lazio) Corriere dello Sport, il évite soigneusement l’écueil en se bornant à citer sans commentaire le manager général de la Juve, Giuseppe Marotta, lequel parle évidemment de 30 sacres!

Tous ces spécialistes ne savent-ils donc plus compter? En réalité, la «Vecchia Signora» a bien remporté 30 championnats sur le terrain, palmarès qui devrait lui permettre de coudre une troisième étoile sur son maillot. Seulement, deux d’entre eux lui avaient été retirés sur le tapis vert, par la justice lorsque celle-ci exhuma en 2006 la sombre affaire du Calciopoli, matches arrangés avec des arbitres achetés, où le président turinois Luciano Moggi fut impliqué jusqu’à être mis en examen. Son club sera rétrogradé en Serie B avec une pénalité de 9 points, ses Scudetti 2005 et 2006 annulés, le premier restant vacant, le second attribué au dauphin intériste. Voilà l’explication de la bataille du «28-30». Les tifosi en noir et blanc ont beau imprimer des tee-shirts estampillés «30», le nombre qui restera inscrit sur les tabelles officielles est le 28, pair et passe. Pour obtenir le 30, il faudra gagner deux fois encore à la roulette footballistique.

Un homme, au moins, se moque éperdument de cette querelle à l’italienne, le latéral suisse Stephan Lichtsteiner (28 ans), évacué sur une civière à la 22e minute du duel remporté 2-0 face à Cagliari – choc capital avec le Chilien Pinilla. Cela n’a pas empêché le premier Helvète champion d’Italie de l’après-guerre de «danser avec les autres joueurs dans le vestiaire», rapporte son coach Antonio Conte sur la chaîne Rai2. Tant mieux. La Gazzetta milanaise lui attribue même une note saisonnière moyenne de 8 sur 10, ajoutant: «Dix millions d’euros pour un arrière droit suisse, cela semblait beaucoup, mais la Juve a comblé une lacune.» Bravissimo, signor Lichtsteiner!