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Karim Benzema ne disputera pas l’Euro 2016. Il a été écarté par la Fédération française de football au nom de «l’exemplarité et de la préservation du groupe». 
© CURTO DE LA TORRE

Football

Karim Benzema, l'envers du paria

Banni de l'Euro sous le maillot bleu, l'avant-centre lyonnais du Real Madrid paie le prix de son immaturité et de ses discutables fréquentations. Suffisant pour en faire le mauvais garçon du foot français?

C’est peut-être le rugueux Bourguignon Guy Roux, l’ex-entraîneur vétéran d’Auxerre, qui a le mieux résumé la situation dans les colonnes du Parisien. «Il faut avoir le courage de le dire. Si Karim s’appelait Jean-Claude et était né à Brest, on ne parlerait pas autant de cette affaire. C’est déplorable mais c’est ainsi. Il paie ses origines…»

Décor posé. Ecarté mercredi par la Fédération française de football (FFF) du prochain Euro au nom de «l’exemplarité et de la préservation du groupe», l’avant-centre français du Real Madrid a, au bout d’un communiqué de quelques lignes, rejoint Nicolas Anelka sur le banc de touche des antihéros sulfureux du ballon rond tricolore, sur fond de gros malaise identitaire. Exit les 27 buts plantés par Karim Benzema au fil de ses 81 sélections en bleu. L’affaire nauséabonde du chantage à la sextape dont a été victime Mathieu Valbuena l’a mis hors jeu: «C’est un bal de nuls où tout le monde perd, s’énervait hier soir, face aux caméras, l’ancienne ministre française des Sports Marie-George Buffet. Quand va-t-on s’interroger sur l’entourage de ces footballeurs qui gagnent des millions mais qui sont immatures et vivent dans leur bulle?»

Indiscutable talent

Exemplaire ou discutable, la sanction décidée, d’un commun accord, par le sélectionneur Didier Deschamps et le président de la FFF Noël Le Graët, ancien maire socialiste de Guingamp? Révélatrice, en tout cas, de l’ambiguïté qui n’a jamais cessé d’accompagner «Benzem» depuis ses débuts, à 17 ans, en équipe première de l’Olympique Lyonnais (OL). Côté face, l’arrogance immature d’un gamin de banlieue, né à Bron, dans un quartier où, trop souvent, les ados servent de guetteurs aux grands affairés à trafiquer. Côté pile, l’indiscutable talent d’un gamin influençable, repéré à 10 ans, couvé par sa mère Malika, sommé par son père Hafid de réussir «à tout prix», et veillé par ses sœurs dont il redit, timide, à chaque fois qu’on l’interroge sur sa famille, «qu’elles ont toutes le baccalauréat».

Vrai «bad boy» du foot français, Nicolas Anelka, de six ans son aîné, portait en lui la violence du hip-hop de sa cité Vincent van Gogh, à Trappes, et l’insolence qui le conduisit, en 2010, à qualifier Raymond Domenech de «sale fils de pute»! Traits d’acier. Gants noirs. Musculation agressive. Islam offensif du converti. L’inverse de Benzema, né Français et musulman, naïvement fier de sa réussite au point d’intituler sa société Best of Benzema. «Regardez les vidéos et les photos qu’il poste sur Internet, argumente le coach Rolland Courbis, chroniqueur redouté et entraîneur du Stade Rennais. Karim n’est pas un tueur. Il montre ses bagnoles, sa fille Melia (née début 2014) ou son déjeuner à New York avec la chanteuse Rihanna.» L’étoffe d’un chef de bande pour Anelka, pour qui les Bleus firent la pitoyable grève de Knysna, lors du Mondial sud-africain. Le charisme d’un sniper un tantinet autiste pour «Coco», l’affectueux surnom familial de Karim.

«Pas fait pour donner l’exemple dans une équipe»

«Mauvais moment, mauvaise histoire, reconnaît, en off, un cadre de la FFF. «Benzem» n’est pas fait pour donner l’exemple dans une équipe. Il est entièrement tourné sur lui-même et ses potes. Or, quand on gagne plus de 6 millions d’euros par an, que l’on vante les mérites d’Adidas et de Hyundai et qu’on est admiré par toute une jeunesse d’origine maghrébine, on a surtout des devoirs. Il lui manque le sens politique d’un Zidane.»

D’où l’importance de dérouler le film. Vedettariat national immédiat, en pointe de l’attaque de l’OL, dans les années 2007-2009. Les «Gones» de Lyon sont alors au sommet et Karim – qui subvient largement aux besoins de sa famille, payant loyers et salaires – à portée des sermons maternels de l’aimante Malika. Puis survient le transfert faramineux à Madrid. Trente-cinq millions d’euros. La tutelle familiale s’éloigne. Les voitures de sport dérapent sur les autoroutes espagnoles. Contrôles: 18 000 euros d’amende. Retrait de permis. Restent les potes et, parmi eux, les deux plus proches: Karim Djaziri, son agent, et Karim Zenati, alias «Karlouche», son vieux copain du Bron-Terraillon, à l’est de Lyon, plusieurs fois appréhendé, condamné et placé en détention, dont le nom plane sur l’affaire Valbuena. «L’entourage de Karim Benzema donne un ensemble assez insupportable, certains profitent de sa fortune et pensent que tout s’achète. Le réflexe pseudo-sécurisant qui consiste à s’entourer de vieux copains est devenu sa faiblesse», expliquait en 2014 au Monde l’un de ses anciens avocats.

Un journaliste sportif qui le connaît bien y décèle autre chose: le besoin d’un aîné, d’un cadre, d’autorité. «Karim fait partie de ces rares avant-centres qui n’ont jamais complètement assumé le fait d’être au premier plan. Regardez au Real: il se comporte davantage comme un lieutenant de Cristiano Ronaldo. Prenez l’affaire du réseau de prostitution qui entourait l’équipe de France, en 2010 [autour de la fameuse Zahia, escort-girl mineure au moment des faits]: Benzema a suivi Ribéry.» Etonnant diagnostic. Un «renard des surfaces» est supposé égoïste, égocentrique, insupportable. Rétif à l’ordre. Erreur. Didier Deschamps n’a pas pour rien toujours défendu son Karim, avant de le congédier mercredi malgré la levée de son contrôle judiciaire et le fait – comme le rappelle le communiqué de la fédération – «qu’il n’existe aucun obstacle, sur le plan juridique, au fait qu’il soit sélectionné»: «Jamais Karim ne l’aurait affronté. Au contraire, poursuit notre interlocuteur. S’il avait été retenu pour l’Euro, je parie qu’il se serait parfaitement comporté.»

Le paria Benzema ne s’y est pas trompé. Mis en examen depuis novembre 2015 pour «complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs» dans l’affaire Valbuena, il savait son sort scellé depuis sa comparution comme témoin dans une affaire de blanchiment révélée par Libération, et les remontrances publiques des politiques, dont le premier ministre Manuel Valls. Trop borderline dans une France post-attentats, blessée dans son multiculturalisme. Sans «grand frère» sportif pour le soutenir envers et contre tout. «Malheureusement pour moi et pour tous ceux qui m’ont toujours soutenu et supporté, je ne serai pas sélectionné pour notre Euro», déplorait son tweet de mercredi. Un «notre» en forme de main tendue.


Repères

19 décembre 1987 Naissance à Lyon.

2006 Elu meilleur jeune joueur européen.

Mars 2007 Première sélection en équipe de France. 81 sélections.

Juillet 2009 Quitte l’Olympique Lyonnais pour le Real Madrid.

2010 Cité dans l’affaire de proxénétisme qui secoue la sélection tricolore. Innocenté en 2014.

Octobre 2015 Impliqué dans l’affaire de la sextape de Mathieu Valbuena.

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