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Ivo Karlovic (en jaune) a finalement eu le dessus sur Yuichi Sugita

Tennis

Karlovic-Sugita, une différence de taille

Trente-six centimètres les séparent. Pourtant, sur le court N° 8, il a fallu 4h30 au grand Croate (2,11 m) pour prendre le dessus sur le petit Japonais (1,75 m)

Dommage que Yuichi Sugita n’ait pas choisi l’autre côté pour le toss, Ivo Karlovic lui aurait fait un peu d’ombre. Il est midi trente, le soleil tape presque à la verticale sur Melbourne et un public essentiellement asiatique s’est pressé autour du petit court N° 8 pour assister à un deuxième tour en forme de choc des extrêmes. A 38 ans, le Croate Ivo Karlovic est le plus vieux joueur du tournoi. Mais comme il mesure 2,11 m, cette information passe un peu au second plan.

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En face, le Japonais Yuichi Sugita est plus jeune (29 ans), mieux classé (41e, Karlovic est 89e) et plus petit. Beaucoup plus petit: 1,75 m (et même 1,73 m selon certains sites). Ses jambes arquées et son polo à carreaux trop ample n’arrangent rien. Lorsque les deux joueurs se rapprochent du filet pour entendre les consignes de l’arbitre, le bandeau noir qui ceint le front du Japonais est à hauteur d’épaule de son adversaire. On s’attend presque à les voir repartir du même côté, Sugita attrapant le linge de bain de Karlovic et lui présentant des balles…

Le sport s’est toujours nourri des contrastes et les oppositions de style sont plutôt en voie de disparition au tennis. Mais là, quand même, c’est la version MMA, le combat sans loi, David contre Goliath. En version japonaise: Nippon contre Godzilla. Ivo Karlovic n’a rien d’un monstre. Pommettes hautes et rondes sur un visage sec, il pourrait sans problème incarner le méchant dans le prochain 007 mais c’est un homme doux, qui ne manque pas d’humour (sur son compte Twitter, il se définit comme «joueur de tennis de 2,11 m») et qui bégaie un peu.

Quasi imprenable

D’ailleurs, il n’en rajoute pas et n’essaye pas de jouer de son physique pour impressionner ses adversaires. Enfin, pas à la manière d’un Nadal, qui a ressorti cette année son débardeur et qui bondit avant chaque match pour bien faire comprendre que le combat sera rude. De toute façon, que pourrait bien insinuer Karlovic que son adversaire ne sache déjà? Avec lui, c’est à peu près toujours le même match. Il mise tout sur son service et l’autre en face tente de le faire courir. Avec des moyennes de 18 aces par match (plus de 12 000 en carrière) et de 83% de points gagnés sur sa première balle en moyenne, il est quasi imprenable sur ses mises en jeu.

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Ce qui est fascinant dans le service de Karlovic, c’est qu’il semble ne jamais forcer. Comme s’il était toujours à l’échauffement, quand on travaille le geste mais pas la frappe. Chez lui, avec un tel bras de levier, la puissance suit le geste. Même au smash, il se contente de déployer son bras et sa raquette. Pas besoin d’appuyer, le coup part tout seul.

Présenté comme une menace pour le tennis à son arrivée sur le circuit, le Croate n’a jamais fait mieux en Grand Chelem qu’un quart de finale à Wimbledon. Il est – logiquement – tout aussi friable en retour. Et les premières balles à 185 km/h de Sugita font tout aussi mal que les missiles balancés à plus de 200 km/h par Karlovic. Le Japonais tente de lui faire visiter le court. Lorsqu’il n’y parvient pas, il joue sur le grand corps de son adversaire, qui peine à se dégager. Le score avance ainsi, sans beaucoup d’opportunités de breaker de part et d’autre.

Quand le vieux et le lourd l'emporte 

A 6-5 Sugita et service Karlovic, le Croate commet deux fautes directes à la volée, où il brille par son envergure plus que par son toucher. Quatre services gagnants consécutifs lui donnent le droit de disputer un premier tie-break, qu’il remporte facilement (7-3). En face, Yuichi Sagita ne désarme pas. Avec raison puisqu’il gagne lui aussi assez facilement ses jeux de service. Face à la mitraille, il bloque parfois sa raquette – dans des postures de héros de manga – pour retourner la puissance de la balle à l’envoyeur. La deuxième manche va elle aussi jusqu’au tie-break, que remporte cette fois le Japonais (7-3). Cela peut durer encore longtemps. Et ça dure très longtemps.

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Il n’y aura plus de tie-break mais trois sets supplémentaires très disputés, avec à chaque fois un seul break en toute fin, au plus fort de la pression: 7-5 pour Karlovic dans le troisième, 6-4 Sugita dans le quatrième, 12-10 dans le cinquième pour Karlovic. Qui l’emporte donc, malgré la chaleur et la fatigue. Les conditions de jeu auraient dû favoriser le plus jeune et le plus léger; c’est pourtant le vieux et le lourd qui lève les bras au ciel, ivre de joie et de fatigue. «La beauté du tennis, c’est qu’il offre une chance à chacun, selon ses aptitudes», dira-t-il après le match. Pour rejoindre cette petite salle de presse où ses genoux touchent le rebord de la table, il a fendu la foule qui, comme lui, quittait les courts pour se restaurer et se rafraîchir. On aurait dit qu’il prenait un bain de foule, avec de l’eau jusqu’au nombril.

Au prochain tour, il affrontera l’Italien Andreas Seppi. Ivo Karlovic est le plus vieux joueur au troisième tour d’un tournoi du Grand Chelem depuis dix ans et a bien mérité qu’on lui parle d’autre chose que de sa taille.

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