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Kazuyoshi Miura fêtera ses 50 ans à la fin du match entre le FC Yokohama et Matsumoto Yamaga, le 26 février 2018.
© The Asahi Shimbun / Getty Images

Portrait

Kazuyoshi Miura, 50 ans, footballeur professionnel

Il a signé son premier contrat pro en 1986 et vient de rempiler pour une nouvelle saison. Le Japonais, pionnier du ballon rond en Asie et superstar dans son archipel, ne voit aucune raison d’arrêter de faire ce qu’il aime

Frustration tenace. Un an après, Kazuyoshi Miura n’a toujours pas digéré son exclusion de la sélection nippone en vue de la Coupe du monde en France. Dans un long entretien au Japan Times, le buteur décrété has-been tente pourtant de voir le bon côté des choses: «Cette expérience m’aide aussi à avancer. Elle me motive à prouver que je ne suis pas encore fini.» Nous sommes en 1999, il a 32 ans, et ne croit pas si bien dire: la semaine dernière, il a prolongé son contrat au Yokohama FC, en deuxième division japonaise. Il aura 51 ans le 26 février 2018 et disputera la 33e saison de sa carrière.

L’ancien international (89 sélections, 55 buts) est né en 1967, la même année que Boris Becker, David Ginola ou Pamela Anderson. Quand il est devenu pro, les stars du ballon rond s’appelaient Diego Maradona, Gary Lineker, Socrates et Zico. Il a commencé à jouer avant Zinédine Zidane ou Ronaldo, il continue dix ans après qu’ils ont rangé leurs crampons. Près de 200 médailles olympiques ont certes été remportées par des athlètes de plus de 50 ans, mais dans des disciplines qui usent peu le corps (tir, voile, sports équestres). En football, une telle résistance à l’épreuve du temps tient de l’exception spectaculaire, sinon du miracle.

Records du monde battus

Retraité des terrains à 50 ans, Sir Stanley Matthews détenait le record de longévité dans le football depuis 1966 quand Kazuyoshi Miura l’a battu, le 5 mars dernier. Une semaine plus tard, il soufflait aussi à la légende britannique le titre de buteur le plus âgé de l’histoire du foot professionnel mondial. Ne pas compter sur lui pour en tirer la moindre vanité. Un peu parce qu’il doute qu’il s’agisse de vrais records – «j’ai entendu dire qu’il y avait des joueurs plus vieux en troisième ou quatrième divisions de certains pays» – mais surtout parce qu’il est focalisé sur l’avenir.

Je suis toujours capable de jouer aujourd’hui car j’ai été épargné par les graves blessures et, surtout, j’aime le football

Kazuyoshi Miura

Pour lui comme pour n’importe quel jeune footballeur, un match appelle le prochain, une saison la suivante. Tout simplement. «Evidemment, je ne prévoyais pas de jouer aussi longtemps, expliquait-il fin 2017 au Japan Times. A 20 ans, je ne pouvais pas imaginer que je serai encore sur le terrain à 50… Ni même à 40! Je suis toujours capable de jouer aujourd’hui car j’ai été épargné par les graves blessures et, surtout, j’aime le football.»

Il l’aime tellement qu’à l’âge de 15 ans il s’en va seul à São Paulo pour intégrer le centre de formation du CA Juventus, convaincu qu’il apprendra mieux en étant «le moins bon de l’équipe au Brésil que le meilleur au Japon». Il l’aime tellement qu’en 1994, devenu superstar et millionnaire dans son pays, il accepte de «diviser son salaire par trois» pour réaliser son rêve de jouer en Serie A italienne, au Genoa. Il l’aime tellement qu’aujourd’hui encore il ne voit pas pourquoi il envisagerait la retraite.

Le retour du roi

Kazuyoshi Miura restera dans les mémoires pour son exceptionnelle longévité, mais pas seulement. Au pays du Soleil-Levant, il fut de toutes les aurores footballistiques. Il profite de son exil au Brésil pour signer son premier contrat pro à Santos, le club de Pelé (qui en est déjà parti) et Neymar (qui n’est pas encore né), et devenir le premier Japonais à s’imposer à l’étranger. Cela lui vaut une notoriété instantanée dans son archipel natal, d’autant qu’il inspire le personnage d’Olivier Atton dans le populaire manga Captain Tsubasa, plus connu ici sous le nom d'«Olive et Tom».

En 1993, il est de retour au pays et participe à la toute première édition de la J-League, nouvelle mouture du championnat national qu’il remporte avec le Tokyo Verdy. En 1997, il marque 18 buts en 19 matches avec l’équipe du Japon qui obtient une qualification inédite pour la Coupe du monde. Le sélectionneur Takeshi Okada le remercie en le laissant à la maison, mais les fans ne s’y trompent pas et le tiennent en héros. En 1999, lorsqu’il rejoint le club de Kyoto, les ventes de billets de match et de produits dérivés explosent. Des centaines de personnes sont au rendez-vous de chaque entraînement pour voir jouer celui que tout le monde surnomme «Kazu». King Kazu.

J’irai là où l’on aura besoin de moi. Si mon football peut rendre les gens heureux, ce sera toujours suffisant à mes yeux

Kazuyoshi Miura

Au cours de son règne, il a traversé le monde et les époques. Il est un des rares footballeurs à avoir défendu les couleurs de clubs de quatre continents (Amérique du Sud, Asie, Europe et Océanie). Il a aussi traversé les époques; il a affronté des légendes aujourd’hui retraitées depuis longtemps comme Ruud Gullit, Franco Baresi ou Gabriel Batistuta. Le vétéran est désormais en concurrence pour une place sur le terrain avec des joueurs qui pourraient presque tous être ses enfants, et il ne s’en tire pas à mauvais compte: mis à part une année 2014 au cours de laquelle il n’a signé qu’une apparition de 2 minutes, il entretient une moyenne de quinze matches par saison depuis 2008 et son arrivée en deuxième division japonaise.

«Je veux continuer à progresser»

Et quand il ne joue pas, Kazu Miura n’est pas content. Courant 2017, le jeune quinqua s’en épanchait dans la presse alors que son entraîneur le laissait croupir sur le banc: «Je ne suis pas satisfait du tout. Je veux jouer plus de matches. Marquer plus de goals. Jouer régulièrement est le meilleur moyen de rester en forme et comme je suis peu utilisé, mes sensations ne sont pas au rendez-vous actuellement.» Elles sont revenues, suffisamment en tout cas pour qu’un nouveau contrat lui soit proposé pour le championnat qui commence en février. Son objectif? «Je veux aider l’équipe et faire en sorte de continuer à progresser», a-t-il sobrement commenté.

Rapidement, la nouvelle a fait le tour de la planète ballon rond et de ses habitants, mi-déférents, mi-amusés, mais entièrement conquis. En 1999, en conclusion de son entretien au Japan Times, Kazuyoshi Miura annonçait le programme: «J’irai là où l’on aura besoin de moi. Si mon football peut rendre les gens heureux, ce sera toujours suffisant à mes yeux.»

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