On savait le sacre imminent. C'était une question de jours. Et de lieu finalement. Après avoir échoué de peu, il y a quinze jours à Hossegor, en finale de l'étape française du circuit mondial, Kelly Slater tentait à nouveau sa chance la semaine dernière. Un peu plus au sud. A Mundaka. Dans ce petit village de pêcheurs du Pays basque espagnol, il lui suffisait d'atteindre les huitièmes de finale pour se tresser une neuvième couronne mondiale qui lui tendait les bras. Ce fut chose faite. Dans les vagues de l'Atlantique rendues glaciales par un hiver qui s'invite plus tôt que prévu. Alors qu'il reste encore deux épreuves avant la fin de la saison, Slater a suffisamment de points d'avance pour ne plus être inquiété par ses principaux rivaux.

Vendredi dernier, l'Américain est donc devenu, à 36 ans, le plus vieux champion du monde de surf l'histoire. Seize ans après son premier sacre qui avait fait de lui le plus jeune champion planétaire. D'un superlatif à l'autre, Kelly Slater a eu le temps de se mijoter un succulent palmarès avec neuf titres mondiaux et 39 victoires sur le circuit WCT (World Cup Tour). Malgré cela, malgré une carrière sous le signe des records, son plaisir restait teinté de candeur vendredi lorsqu'il est sorti triomphant des eaux: «Il va me falloir un moment pour enregistrer cette information. Il va falloir que je passe un coup de fil à la maison et que je parle avec ma famille pour vraiment réaliser. C'est fou!» Répondant à la question de savoir si cet exploit avait bercé ses rêves de jeunesse, il précisa que cela ne l'avait jamais effleuré: «Quand j'ai commencé la compétition à 18 ans, je n'aurais jamais imaginé ça. Je n'y pensais pas. Cela ne m'a pas traversé l'esprit.».

Cette nouvelle consécration récompense une quatorzième saison qui, malgré son âge, s'impose comme la plus réussie de sa longue carrière avec, pour l'instant, cinq victoires sur sept épreuves, une deuxième place à Hossegor et une quatrième place à Mundaka, théâtre de son neuvième sacre annoncé. Une plénitude que ce grand émotionnel met sur le compte d'une stabilité nouvelle. Peut-être synonyme de maturité. «Je me sens plus à l'aise cette année. C'est certainement dû à ma vie personnelle. Mon existence a changé. Je suis stable et heureux, ce qui m'apporte une force inestimable. Pour le reste, j'ai cherché les planches qui me conviennent et j'ai travaillé sur mon esprit et mes émotions. Quelque chose s'est mis parfaitement en place cette année.» Kelly Slater voit dans ce nouveau succès le dividende d'un immense investissement: «C'est une grande récompense pour mon travail acharné et mon implication totale dans le surf depuis toujours.»

Dix-huit ans de dévotion pour ce sport avec néanmoins une parenthèse lorsque, en 1998, épuisé moralement et en panne de motivation, il décida de prendre sa retraite. Du haut de ses 26 ans, le jeune homme avait déjà cinq titres de champion du monde dans sa besace.

Au moment de ce break qui s'avérera finalement provisoire, son aura avait déjà largement dépassé les frontières des plages et du surf. Ses poses en sous-vêtements Versace, sa relation avec Pamela Anderson et ses parties de golf avec Sylvester Stallone l'avaient catapulté au rang d'icône et intronisé dans le club, certes de moins en moins select, des people.

Kelly Slater a grandi sous une paillote de Cocoa Beach en Floride où sa maman faisait griller des hamburgers. Son enfance tuméfiée par un géniteur alcoolique et un divorce parental douloureux et mal vécu ont fait de lui un jeune homme très fleur bleue. En quête de stabilité amoureuse, déterminé à réussir là où ses parents avaient échoué.

Ce sentimentalisme assumé, couplé d'une plastique irréprochable, lui vaut une vie amoureuse loin du long fleuve tranquille auquel il aspire. Et, forcément, les indiscrétions des paparazzi. On lui a récemment prêté une idylle avec Gisèle Bundchen. On a accusé le top model brésilien d'avoir été à l'origine de son absence à une compétition de surf à laquelle il ne s'est pas présenté. La rumeur disait que le beau était parti traquer sa douce autour du globe pour tenter de la persuader de revenir. Des rumeurs d'autant plus faciles que l'Américain est connu pour perdre pied lorsque ses amours sont au creux de la vague.

En 2003, un an après son retour sur le circuit international, - motivé par une concurrence enfin à la hauteur de son talent - il quitta brusquement la plage et une épreuve en cours pour rentrer à la maison et essayer de sauver sa relation avec Pamela Anderson. En vain. Du coup 2003 a encore pour lui le goût amer d'un échec sentimental et d'un titre mondial qu'il laissa filer dans les mains d'Andy Irons.

Andy Irons, le seul vrai rival que Slater ait jamais eu. Andy Irons à qui l'Américain doit ce retour à la compétition qui lui a permis de s'offrir trois titres supplémentaires depuis son faux départ en 1998. Avec neuf succès planétaires, Kelly Slater rivalise avec d'autres légendes du sport. On pense notamment à Michael Jordan, six titres, qui lui aussi s'était éclipsé momentanément avant de revenir frapper très fort.

Avec neuf couronnes, Kelly Slater renforce son statut d'icône de la glisse. Et assure l'embonpoint de ses finances. Il se dit que Quiksilver, son principal partenaire, lui aurait proposé une prime de 10 millions de dollars s'il décroche un dixième titre.