Portrait

Khalida Popal, un dribble pour la liberté

Le football a fait de cette jeune Afghane une personne critiquée puis menacée dans son pays. Obligée de fuir, elle milite désormais pour la cause des femmes depuis le Danemark, toujours un ballon au pied

Cet article fait partie de l’édition spéciale «Les femmes font Le Temps», écrite par une cinquantaine de femmes remarquables, et publiée lundi 6 mars 2017.


Khalida Popal a commencé a joué au football à l’âge de 16 ans. «Au début, l’objectif était tout simplement de sortir de la maison et de nous amuser, comme tous les jeunes de mon âge, se souvient-elle. Mais lorsqu’on a commencé à nous attaquer, cette démarche a pris une autre tournure, la pratique du football est alors devenue pour nous autres un instrument pour le combat des femmes pour construire une société plus inclusive, plus égalitaire et qui respecte les droits des femmes.»

Ce combat a commencé à porter ses fruits, puisque de 4 ou 5 lorsqu’elles ont commencé à jouer en 2004, le nombre de jeunes femmes à pratiquer le football en Afghanistan est aujourd’hui passé à plus de 2000. Le chemin fut long et ardu, Popal et ses coéquipières ont dû faire face au regard social réprobateur, au mépris, à la stigmatisation, aux menaces, au harcèlement et pour finir à l’exil.

«La pratique du football par les femmes était une nouveauté à laquelle notre société n’était pas préparée. Cette activité pratiquée exclusivement par les hommes nous éloignait des pratiques traditionnelles réservées aux femmes. Aussi, nombreuses ont été les réactions négatives, pas uniquement de la part des hommes, mais aussi des femmes. Nous avons reçu de nombreux avertissements et avons fait l’objet de harcèlement. Certaines professeures de l’école où nous jouions se sont opposées à notre choix et certaines de mes camarades ont été renvoyées», se remémore Khalida.

Mise au ban de la société

Malgré les défis et le rejet de la société, elles n’ont jamais baissé les bras. Plusieurs équipes se sont mises en place et finalement une équipe nationale féminine a vu le jour grâce au soutien de la fédération afghane de football, Popal assumant le rôle de capitaine de l’équipe. Un accomplissement remarquable aussi bien sur le plan sportif que pour l’avancement de la cause des femmes en Afghanistan, deux objectifs étroitement liés dans l’esprit de Popal.

L’équipe nationale leur a fourni une visibilité sans précédent. Avec le temps, le football, par le biais des médias, s’est converti en une plateforme pour encourager les femmes à assumer un rôle plus prépondérant au sein de la société. «J’ai utilisé chaque opportunité qui m’était offerte pour faire avancer notre campagne», assure-t-elle.

Première femme à la Fédération

En 2009, Khalida Popal fut une fois de plus une pionnière en étant la première femme employée par la fédération afghane. Un nouveau pas franchi dans sa carrière qui, là encore, ne s’est pas fait sans difficulté. La réaction des hommes au sein de l’administration était négative. C’était une surprise pour tous les employés, ils n’avaient jamais eu une femme comme collègue. Leur orgueil en avait pris un sacré coup. «Il n’est pas facile d’être la première femme à apporter le changement, il faut faire face à de nombreux problèmes, mais si tu n’abandonnes pas, si tu restes ferme dans tes convictions et si tu continues à croire en tes objectifs, tu finiras par réaliser de nombreuses choses.»

Avec le temps, la pression est allée crescendo. Popal a commencé à recevoir des menaces de mort, sa famille s’est vue également menacée. La situation a continué à se dégrader au point de devenir intenable. Elle a alors décidé de fuir et de demander l’asile en Europe. «Je voulais tenir mon engagement et continuer à lutter pour le changement.»

«J’avais tout perdu»

L’arrivée sur le Vieux Continent fut l’une des épreuves les plus difficiles de sa vie, admet-elle. Elle passera plusieurs mois dans un centre d’accueil pour réfugiés, sans aucune perspective, et sombrera dans la dépression. «Ce n’était pas ce que j’avais imaginé. J’avais tout perdu, ma famille, mon pays, mon identité, ma carrière, mes objectifs, tout.»

Mais au bout de huit mois elle finit par obtenir l’asile au Danemark. Aujourd’hui avec le soutien de sa famille qui l’a rejoint, elle a repris son combat, celui de la lutte contre la discrimination à l’endroit les femmes. Popal a mis sur pied sa propre organisation, Girl Power, qui soutient les femmes, notamment réfugiées, et les aide à s’intégrer par le biais du sport. Elle reste également en contact et soutient les footballeuses en Afghanistan en organisant des rencontres et compétitions à l’étranger.

«Je veux continuer à ouvrir des portes pour que d’autres femmes puissent suivre mon exemple. Je veux être une référence et leur montrer qu’elles doivent croire en elles-mêmes, croire en leur objectif», conclu Popal tout en confiant qu’elle rêve de retourner dans son pays et espère qu’un jour l’équipe afghane pourra participer à une Coupe du Monde.

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Les femmes font Le Temps

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