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Kristina Mladenovic porte tout le poids des espoirs de victoire française à Roland-Garros. Au premier tour, elle a souffert pour éliminer l'Américaine Jennifer Brady (3-6 6-3 9-7)
© Julian Finney/Getty Images

Tennis

Kiki de Boulogne, la France en marche

Durant le tournoi de Roland-Garros, Le Temps part à la recherche de la nouvelle star du tennis féminin. Pourquoi pas Kristina Mladenovic? La Française a du talent et du franc-parler mais elle s’est fait peur face à l’Américaine Jennifer Brady (3-6 6-3 9-7)

Tandis que Roger Federer défiait au ping-pong les gamins du village à la piscine communale de Kilchberg, Rafael Nadal et Novak Djokovic ont fait leur entrée dans le tournoi de Roland-Garros. Sans problème: 6-1 6-4 6-1 pour Nadal contre Benoît Paire, 6-3 6-4 6-2 pour Djokovic face à Marcel Granollers. Le tennis féminin n’est pas à pareille fête. Sans Maria Sharapova ni Serena Williams, il se retrouve privé de têtes d’affiche et de favorites claires pour la victoire finale. «Dix à quinze filles peuvent gagner», estimait lundi matin la tenante du titre, l’Espagnole Garbiñe Muguruza, après sa qualification aux dépens de l’Italienne Francesca Schiavone (6-2 6-4).

Dans cette liste d’une douzaine de noms, une Française: Kristina Mladenovic, dite «Kiki», quatorzième joueuse mondiale. Cette Kiki n’est pas de Montparnasse mais de Boulogne, à deux pas du stade Roland-Garros où elle est arrivée à l’âge de douze ans. Elle en a 24 et porte seule les espoirs d’une victoire tricolore à Paris. Le fardeau en a écrasé plus d’un. Le «favori français» est en tennis une chimère aussi lancinante que le «great white hope» dans la boxe américaine. Quelques bons résultats au printemps, un titre sur terre battue et vous voilà propulsé «nouveau Yannick Noah» (dernier vainqueur masculin en 1983) ou «nouvelle Mary Pierce» (2000). La une de L’Equipe Magazine, juste avant Roland-Garros, est généralement, sous des allures de consécration, un enterrement de première classe.

«Sharapova? Une tricheuse»

Kiki Mladenovic semble de nature à supporter cette pression. Championne du monde junior en 2009, elle a toujours cru en son étoile, qui brille depuis qu’elle est débarrassée de problèmes de croissance aux genoux. Elle n’a pas attendu d’être encensée par la presse pour avoir une très haute opinion d’elle-même. Et d’ailleurs, elle n’a pas aimé ce qui est ressorti de son interview dans le Mag. Sur Twitter, elle l’a fait savoir, creusant un peu plus le fossé qui sépare ceux qui apprécient son franc-parler et ceux que son ambition décomplexée exaspèrent. Elle ne s’était pas davantage retenue pour dire ce qu’elle pensait du comportement de Timea Bacsinszky lors du Suisse-France de Fed Cup à Genève en février dernier («Elle se blesse mais après elle revient en faisant des sauts de kangourou»), ou du retour de Maria Sharapova («une tricheuse»). 

«Serbe dans le coeur»

On aime ou on n’aime pas mais ceux qui déplorent l’aseptisation du tennis doivent lui reconnaître une indépendance d’esprit et une force de caractère hors normes. «Kiki» n’est pas forcément plus égoïste ou égocentrique que les autres; elle s’en cache moins, c’est tout. Elle est en revanche plus froide dans son approche. Sympa avec tout le monde, amie avec personne. Une dureté héritée de ses origines; sa mère était joueuse de volley-ball, son père gardien de handball, tous deux formés à la dure école du sport yougoslave où le sérieux, le travail et l’ambition ne sont pas des options.

«Française dans la tête et Serbe dans le coeur», Kristina Mladenovic ressemble physiquement à beaucoup de joueuses du circuit. Athlétique, blonde, une natte qui rappelle Mary Pierce. Son jeu est cependant plus varié, plus réfléchi que le kit de base du circuit WTA. Lorsqu’elle pénètre sur le court central sur les coups de 16h, tenue, coiffure, bandeau: tout est tiré à quatre épingles, sans que l’on puisse distinguer la part de coquetterie de la superstition. En fait, le désordre est intérieur: elle s’est bloquée le dos la veille à l'entraînement. Ses premiers jeux de service sont catastrophiques. Son adversaire, la jeune Américaine Jennifer Brady, mène rapidement 3-0. Mladenovic demande un temps mort médical et part se faire masser au vestiaire. Lorsqu’elle en ressort, elle va mieux mais le break est fait et la première manche perdue (6-3).

Une victoire dans les larmes

La Française s’installe progressivement dans le match. Elle prend le service de Brady à 2-1, peut mener 4-1 mais tout aussi bien se faire remonter à 4-3, et empoche finalement la deuxième manche 6-3. Le stade, qui est désormais bien rempli, respire.

Jennifer Brady a moins d’expérience que sa rivale et a tendance à forcer ses frappes. L’Américaine réussit tout de même le premier break (qu’elle confirme, 3-0) mais cette manche finale est folle. Au courage, Kiki Mladenovic revient à 3-2. Lorsqu'elle égalise à 3-3, le public scande «Kiki, Kiki». Il se lève d’un bond lorsqu’elle breake au jeu suivant et entame une «ola», ce qui n’est jamais bon signe. Brady recolle aussitôt. De 4-4 à 7-7, aucune joueuse ne parvient à remporter sa mise en jeu. On affleure les trois heures de match et la victoire se joue sur les nerfs. Pour les raisons évoquées plus haut – l’ambition, la confiance, la volonté –, Kiki est la plus forte dans la tête.

Le troisième set a duré 83 minutes, la durée espérée de ce premier tour. Mais le résultat est conforme aux attentes de tout un stade. Il est pile 19h. On annonçait un orage, on a cru à la douche froide; c’est finalement baignée de larmes et de la lumière fauve du soir que Kiki Mladenovic prolonge le rêve d’une victoire française à Roland-Garros.

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