Kim Clijsters est devenue la première maman à remporter un titre du Grand Chelem, quelque vingt mois après une grossesse compliquée. L’exploit n’est pas mince: même les organismes les mieux entraînés, sur le circuit féminin, résistent mal à cette accumulation d’efforts, dans un laps de temps très court, par des changements climatiques incessants.

Or, Kim Clijsters a battu Caroline Wozniacki, pourtant excellente, jamais intimidée par son premier rendez-vous avec la gloire, sans aucune difficulté apparente (7-5 6-3). Avant même qu’elle ne reprenne le chemin des courts, son entraîneur avait déclaré sérieusement à un journaliste belge, au cours d’un dîner: «Kim a 80% de chance de remporter l’US Open.» L’interview était à peine diffusée sur la RTBF que, dans un émoi national, toute la presse belge avait réservé des hôtels à New York. Mais rarement pour l’entier du séjour...

Kim Clijsters avait minutieusement planifié son retour. Surtout, elle l’avait désiré furieusement. Jamais elle ne s’était autant languie qu’en fée du logis, faute d’y trouver quelque magie, un enchantement banal qui incarne son «idéal plan-plan». «Son départ à la retraite m’avait choqué, avoue Roger Federer. Tout de même: elle n’avait que 23 ans.»

Plusieurs blessures avaient éaglement précipité ce départ. Extraits du communiqué officiel: «J’aime le sport pour le sport, j’ai envie de continuer à en pratiquer, et non de terminer ma vie dans une chaise roulante. Désormais, je vais me consacrer aux préparatifs de mon mariage, avoir des enfants, tenir une maison, et sortir mes chiens.»

Au postulat de l’embourgeoisement jubilatoire, figure classique de la matrone revenue de tout, ont succédé des aspirations anciennes, irrépressibles. Officiellement, Kim Clijsters est revenue à la compétition par un incroyable concours de circonstances, un an après la naissance de sa fille Jade (février 2008). Par un simple bristol, Wimbledon l’avait conviée à inaugurer le nouveau toit du central, associée à la galante compagnie de Tim Heman, et opposée à la magnificence du couple Agassi-Graf.

«Pendant un an, j’ai profité de ma famille, et j’ai fait en sorte que mon père Léo, atteint d’un cancer, connaisse bien Jade. Le tennis est resté éloigné de mes préoccupations. J’ai tapé quelques balles, mais je n’ai pas eu le temps de rester assise dans mon canapé, à suivre des matches. Quand mon père est décédé, j’ai rejoué. Juste pour voir. Mais après l’invitation de Wimbledon, c’était différent, il fallait que je sois à la hauteur. J’ai vite retrouvé mes coups. Seules mes jambes ont désobéi à ce que mon cerveau leur commandait.»

Le décès de son père a sensiblement modifié sa relation à l’existence, notamment à l’urgence et à l’accomplissement de ses rêves. La maternité de sa mère, trois jours seulement après la sienne, a rompu son dernier lien filial. Un peu changée, un peu pareille, Kim Clijsters est revenue. Elle a d’abord enrôlé une garde prétorienne - son mari Bryan Lynch, ancien basketteur. Wim Fissette, son sparing-partner de l’époque, bombardé coach. Sam Verslegers, son préparateur physique. Tim Clijsters, son cousin et kiné. Bob Verbeck, ex directeur du tournoi d’Anvers, patron d’une agence d’impresario. Nicole, la nounou. John Dolan, ancien cadre de la communication à la WTA.

«Avant, je prenais la vie comme elle venait. Désormais, tout est panifié. J’ai des horaires, je mange bio. Je suis contente de rompre avec le cliché anachronique de la femme au foyer, incapable de concilier ses obligations avec une carrière professionnelle.»

Kim Clijsters a vite constaté les attentes messianiques autour de son «come-back», dans le contexte d’un tennis féminin sans figure tutéllaire ni hiérarchie, déchiré par les querelles d’ego. «Miss Congenity», chique fille dans un monde de chippie, a vite remarqué, également, la prédominance de ses qualités athlétiques. «J’ai pris le temps de suivre une préparation adéquate, comme jamais auparavant. Mon corps a répondu parfaitement.»

Au début de l’US Open, elle eut ce beau labsus: «Je suis très heureuse de constater que je suis capable de réussir tout ce que je veux. Mais je vis dans le présent, je ne regarde pas trop loin... en arrière.» Ses succès rapides, voire aisés, ont évidemment jeté un discrédit sur le tennis féminin, si besoin était. Pour le reste, rien n’a changé. Même élasticité, même explosivité, même culture de la compétition, même frappes imprévisibles, même gaieté communicative, sans arrière-pensée liée à l’enjeu ou à la conséquence. «J’ai toujours mis quelques minutes à oublier une défaite, dès lors que j’avais tout tenté pour l’éviter.»

A la fin, Kim Clijsters a concédé quelques larmes, embrassé tout le monde, puis amené sa petite famille sur le court, dans une sorte d’image d’Epinal du bonheur parfait. Kim Clijsters n’est pas certaine de vouloir s’éterniser: «Je resterai probablement le temps que nous mettions un deuxième enfant en route.» Par une coïncidence improbable, selon une rumeur insistante, Justine Henin pourrait annoncer son retour dès cette semaine.