A 23 ans, Kim Clijsters aspire à une vie casanière, loin des vanités. Elle n'ambitionne que de fonder une famille et d'arpenter les prairies du Limbourg. Elle a déjà fixé l'heure de la retraite: ce sera en février 2008, à Anvers. Elle offrira une bouteille de champagne à chacun des onze mille spectateurs. En attendant, elle met la dernière main à une carrière fragmentaire. Kim Clijsters, numéro deux mondiale, absente une année pour raisons de santé, a les jambes lourdes et le souffle court; elle s'entraîne peu, récupère beaucoup, et confesse une aversion irrépressible pour la terre battue. «En arrivant à Paris, j'avais peu d'espoirs. Je n'en ai pas davantage mais, à force de voir tous ces drapeaux belges dans les gradins, je me sens presque obligée d'y croire.»

En un certain sens, Kim Clijsters découvrait hier la funeste antithèse de ses idéaux, une hédoniste repentie, revenue des bonheurs frivoles de la sédentarité pour renouer avec les professions de la conquête. C'est tout le paradoxe de Martina Hingis, devenue lundi la joueuse la plus prolifique de l'année (33 victoires), mais conviée à mesurer la distance - si proche et, en même temps, si loin - qui la sépare du retour en grâce (7-6 6-1).

Quand elle a toutes latitudes, la Saint-Galloise génère des inspirations, des angles, des variations, qu'elle est sans doute la seule à ressentir. L'intention en elle-même confine à l'irrationnel. Le bras n'est plus alors que le prolongement de l'idée, l'instrument du génie. En tout état de cause, comment garder une emprise sur le jeu, sur l'échange, avec un service qui atteint péniblement les 145 km/h - et 120 km/h sur les deuxièmes balles? Tout passe, tout lasse. Sauf les faiblesses les plus tenaces.

«Le service n'est pas l'essentiel du problème, objecte Martina Hingis. J'ai joué à plat, j'ai toujours eu un temps de retard, j'ai manqué d'énergie. Ces cinq derniers jours, je n'ai eu aucun répit. J'ai eu l'impression de ne pas récupérer. Or, je n'ai plus 17 ans.» Vite menée 3-0, Martina Hingis a cherché une solution dans sa panoplie, puis dans le regard impassible de sa mère. Elle a finalement trouvé du courage; assez pour revenir dans la partie, puis écarter deux balles de sets (à 5-2 et 6-5). En remportant le tie-break, peut-être aurait-elle conforté Clijsters dans ses a priori désabusés.

A défaut, la Belge devient, bon gré mal gré, l'une des grandes favorites du tournoi. Sans pour autant renoncer à son postulat de départ: «Les carrières, dans le tennis féminin, seront toujours plus courtes. L'arrivée des sœurs Williams nous a obligées à devenir des athlètes extrêmement pointues. Le problème est que nous ne sommes pas toutes capables d'endurer des charges d'entraînements aussi violentes. Avec l'âge, mon corps répond de moins en moins bien. Sans doute suis-je un peu lasse, mais je suis surtout usée.»

Martina Hingis, 25 ans, ne veut rien entendre. Au sortir du Central, elle pensait déjà à Wimbledon. «Je suis ravie d'avoir renoué avec le tennis. Dans ma vie d'avant, je n'avais rien à faire, rien à espérer. Je n'étais pas heureuse.»