Kim Yu-na avait huit ans quand elle s’est mise à rêver. Elle regardait à la télévision la star américaine Michelle Kwan aux jeux Olympiques de Nagano en 1998. Elle n’a plus alors désiré qu’une chose: devenir une patineuse artistique. Douze ans après, la star c’est elle. Et quelle star!

Comme elle n’a même pas 20 ans, la jeune fille n’en est pas à sa dernière bravade, et les sponsors la savent: ils se l’arrachent à coup de millions de dollars. En 2009, l’année où elle a été sacrée championne du monde, une première pour son pays, elle a signé pour huit millions de dollars (5,9 millions d’euros) de partenariats avec plusieurs sociétés, allant d’un constructeur automobile à un fabricant de cosmétiques en passant par un producteur de lait.

Star mondiale

Son image s’affiche partout en Corée du Sud, le pays en est inoculé, des panneaux publicitaires et des produits personnalisés sont sortis sur le marché. Une compilation des musiques qu’elle a choisies pour ses programmes de patinage a même été éditée. Elle s’est aussi lancée dans la chanson, à l’occasion de show télé ou de spectacles. Adulée, elle se déplace en permanence avec deux gardes du corps dans son pays. Kim Yu-na est bien plus qu’une sportive ou une patineuse, c’est la personnalité préférée des Coréens, devant le président américain Barak Obama, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et même le président sud-coréen, Lee Myung-bak.

Déjà, on avait pu percevoir les prémices de sa popularité naissante quatre ans auparavant lorsqu’elle avait été désignée pour porter la torche olympique avant les Jeux de Turin.

Elle s’est offert le luxe de porter à nouveau la torche fin décembre 2009 lors du trajet vers Vancouver. Kim Yu-na était à Hamilton, dans l’Ontario. Car la Sud-Coréenne vit à Toronto, au Canada, où elle est venue rejoindre l’entraîneur et ancien champion canadien Brian Orser, ainsi que le chorégraphe David Wilson.

Alors participer à des premiers Jeux dans son pays de résidence contribue à renforcer le conte de fée.

La jeune femme est d’une fluidité extrême sur la glace, aussi technique qu’artistique. Elle est ainsi devenue la première patineuse à passer la barre des 200 points en compétition, lors de son sacre mondial à Los Angeles en 2009.

La force tranquille

Ultra favorite à Vancouver, elle n’a pas tremblé malgré l’énorme pression et n’a pensé qu’à bien faire pour ne décevoir personne, comme toujours.

Lorsqu’on lui demande comment elle a géré la pression, la jeune fille fait preuve d’une étonnante maturité: «Etonnamment, ces jeux Olympiques n’ont pas été aussi difficiles que je le pensais. Je suis arrivée ici dans une excellente condition physique, meilleure que jamais. Bien sûr j’avais la pression parce qu’il s’agit des jeux Olympiques, mais j’ai réussi à faire le vide dans ma tête, à acquérir de la confiance. Je ne me suis sentie ni sous pression, ni nerveuse, et il fallait cela pour que je gagne cette médaille d’or. Je ne dirais pas que je m’amuse, parce que c’est tout de même une compétition, mais je me sens à l’aise, plus détendue que dans d’autres championnats auparavant. Quand tout a été fini ce soir, je me suis dit: «Les jeux Olympiques finalement, ce n’est pas si difficile que ça». (sourire)

Programme pur

La jeune fille a toujours voulu être championne olympique «en livrant une performance totalement pure». «Mon programme était totalement pur, le court comme le libre. Si c’est la première fois qu’on a vu cela aux Jeux, eh bien c’est une grande joie pour moi. Mais quand j’ai vu ma note, je dois dire que ça a été une véritable surprise. C’était totalement inattendu. Je me suis demandée si un tel résultat était vraiment possible. C’est à ça que j’ai pensé en premier».

Sa carrière débute tout juste, elle n’a que 19 ans, et ce de la plus belle des manières, avec une médaille d’or dont elle veut profiter. «Quand j’en aurai bien profité, je réfléchirai au futur. Je n’ai pas encore décidé ce que je dois faire. En mars, je participerai aux championnats du monde, donc tout de suite, je vais retourner à Toronto (où elle réside ndlr) et reprendre l’entraînement. Et d’ici la fin de la saison, j’aurai peut-être plus d’idées sur mon avenir».

«Je sais que beaucoup de gens attendent beaucoup de choses de moi et je ne veux pas les décevoir. Je veux faire de mon mieux pour combler leurs attentes et je donnerai tout ce que j’ai jusqu’à la dernière minute. Je leur suis tellement reconnaissante pour leur soutien», avait-elle confié juste avant les Jeux. Contrat magnifiquement respecté!

Kim Yu-na est généreuse. Sur la glace et dans la vie. Avant le début des Jeux, elle a donné un million de dollars à l’UNICEF pour les victimes du tremblement de terre en Haïti.