L'écurie McLaren-Mercedes a remporté les deux premières courses du Championnat 2003 de Formule 1. Il y a deux semaines, David Coulthard s'était imposé en Australie, et hier, son jeune équipier Kimi Raikkonen a gagné en Malaisie. Il ne faut pas en déduire que l'écurie anglo-allemande va dominer la saison à l'instar de Ferrari l'année dernière. Opportuniste, l'équipe de Ron Dennis a simplement su exploiter des circonstances favorables pour faire triompher ses voitures. Et il est encore trop tôt pour établir avec certitude l'influence des nouvelles règles établies par la FIA, en vue de relancer l'intérêt d'un sport qui sombrait dans la monotonie, à cause de la domination de Michael Schumacher et de Ferrari depuis deux saisons.

Reste que le reformatage des qualifications (un seul tour lancé pour chaque pilote le vendredi afin d'établir son ordre de départ en qualification le samedi) a, pour l'instant, ménagé le suspense et entretenu le mystère sur les stratégies de chaque équipe. Sachant que chaque voiture doit désormais prendre le départ de la course avec la quantité de carburant dont elle disposait à la fin de la séance de qualification, il est obligatoire d'arrêter, dès le samedi midi, une stratégie sur le nombre d'arrêts au stand, tout en ignorant quelles seront les conditions de piste au moment du départ.

Le nouveau règlement ouvre ainsi la porte à une multitude de possibilités. Dont celle de sacrifier son début de course pour favoriser sa place sur la grille. Et ce en embarquant un minimum de carburant, avec la quasi-certitude de voir une de ses deux voitures en première ligne.

Renault dans le coup

Samedi, au soir des essais du Grand Prix de Malaisie, les adversaires de Renault ont immédiatement imaginé que les Français avaient fait ce choix. C'était, selon ces sceptiques, la seule façon d'expliquer la performance du jeune Fernando Alonso, qui, à 21 ans, s'est offert la première pole position de sa jeune carrière, établissant même un record de précocité dans ce domaine. Ils auraient dû se demander pourquoi Jarno Trulli était lui aussi sur la première ligne. En Formule 1 comme ailleurs, il n'est pas prudent de mettre tous ses œufs dans le même panier. La course des voitures de l'écurie française a prouvé que la qualification de samedi n'était pas le fruit d'un coup de bluff. Malgré un moteur que l'on dit un peu juste en puissance (il rendrait près de 100 chevaux à ses rivaux directs), la Renault possède un potentiel redoutable, avec un châssis qui est peut-être le meilleur du moment (avec le Ferrari), et parfaitement exploité par les pneus Michelin.

Dès le départ, Alonso en faisait la démonstration en prenant avec autorité la tête de la course, échappant ainsi au chaos provoqué par Michael Schumacher. L'Allemand, parti de la deuxième ligne, ruinait la course de l'autre Renault, en expédiant Trulli en tête-à-queue, et celle de Juan Pablo Montoya, en provoquant indirectement un accrochage dans le peloton dont était victime le Colombien. Mais Schumacher, confirmant à cette occasion qu'il est souvent fébrile quand il n'occupe pas le devant de la scène, ruinait sa propre course en s'imposant un arrêt au stand pour changer son capot avant endommagé dans la bousculade, avant de subir une pénalité (un passage par les stands au ralenti) pour avoir provoqué l'accrochage du départ. Sans compter ses deux arrêts «normaux» pour ravitailler. Michael Schumacher, qui s'est excusé auprès de Trulli après la course, peut donc s'estimer heureux de terminer sixième et dans les points. Mais il sait désormais, même s'il dispose toujours de la voiture la plus homogène du plateau, qu'il n'aura pas la vie facile cette saison, et que la moindre erreur sera mise à profit par la concurrence très affûtée.

Une stratégie subtile

Sur le circuit de Sepang surchauffé, Rubens Barrichello n'a pas été en mesure de compenser les errements de son leader. Il s'est contenté de la deuxième place, sans jamais être en mesure d'inquiéter Kimi Raikkonen, l'homme du jour. Le jeune Finlandais (23 ans) a profité d'une subtile stratégie pour prendre le commandement, alors qu'Alonso était en train de ravitailler. Ensuite, Raikkonen s'est contenté de contrôler. Alonso aurait pu espérer mieux que cette jolie 3e place s'il n'avait pas été trahi par l'électronique de sa boîte de vitesses. Mais il s'en tire mieux que David Coulthard, le vainqueur de Melbourne, obligé d'abandonner après un problème électrique.

Ralf Schumacher, lui, comme Raikkonen en Australie, a confirmé qu'un départ dans les profondeurs de la grille (17e) n'excluait pas totalement la possibilité d'obtenir un résultat honorable (4e), juste devant l'autre Renault de Trulli. A l'inverse, être bien placé au départ n'est pas une assurance tous risques, comme peut en témoigner le jeune Nick Heidfeld, 5e sur la grille et seulement 8e à l'arrivée au volant de sa Sauber-Petronas.