A Kitzbühel, Beat Feuz a répondu présent dès le premier jour. Vendredi, l’Emmentalois a pris le troisième rang du super G pour son premier podium de la saison et le troisième de l’équipe nationale masculine. Carlo Janka, lui, n’a pas su se hisser au-delà de la douzième place, tandis que les autres Suisses ont échoué loin du top 15. Au moins ont-ils eu l’occasion de prendre quelques repères. La descente de la Streif leur en offrira une nouvelle ce samedi (dès 11h25 sur RTS 2).

Le gros défi, avec toutes ces épreuves de vitesse annulées, c’est de préserver l’influx de nos skieurs

Ils ont bien besoin d’effectuer quelques réglages: la mi-saison passée, seules six des douze épreuves de vitesse programmées avant celles de Kitzbühel ont pu se dérouler comme prévu, dont deux descentes uniquement. Le Norvégien Kjetil Jansrud s’est imposé à Val d'Isère, l’Autrichien Max Franz à Val Gardena. A Lake Louise, Beaver Creek (manque de neige), Santa Catarina (rafales de vent) et enfin Wengen (fortes chutes de neige), les descentes ont été annulées, comme les super G de Lake Louise et Beaver Creek. Certaines courses seront reprogrammées afin de préserver, au classement général, les chances des spécialistes, mais à ce stade de l’hiver, ils accusent un sacré déficit de compétition.

Bêtes en cage, lions nourris au yoghourt en attendant d’entrer dans l’arène, ils trépignent. «Le gros défi, avec toutes ces épreuves de vitesse annulées, c’est de préserver l’influx de nos skieurs malgré la frustration qui s’accumule, constate Stéphane Cattin, chef alpin au sein de Swiss-Ski. Ce n’est pas une question de motivation, car ils ne demandent qu’à y aller, mais de gestion des émotions. Les plus jeunes, nous les avons envoyés en Coupe d’Europe, où ils ont d’ailleurs obtenu d’excellents résultats. Mais c’est impossible de faire pareil avec les cadors. Il n’y a que les entraînements pour les maintenir à l’affût.»

Contexte particulier

Et alors, où en sont-ils? «Il est très difficile de produire une analyse à ce stade, reprend Stéphane Cattin. Avec seulement deux descentes disputées, nous manquons de données. Ce que je peux dire, c’est que nos skieurs se montrent en forme lors des entraînements, mais il leur faut bien sûr encore prendre le rythme de la compétition.» Et comme les leaders de l’équipe de Suisse, Beat Feuz en tête, sont avant tout attendus dans les épreuves de vitesse, le contexte particulier du moment empêche de tirer de grands enseignements sur l’état de santé du ski suisse masculin à deux semaines des Mondiaux de Saint-Moritz.

Reste la réalité froide et cruelle des résultats d’un côté; et les ambitions affichées de l’autre. Dans une interview accordée à la Neue Zürcher Zeitung en début de semaine, le président de la fédération Urs Lehmann se montrait très offensif en affirmant que l’équipe de Suisse devait avoir pour horizon la place de numéro 1 du ski mondial. Or, pour l’heure, si elle pointe au troisième rang du classement des nations, c’est essentiellement grâce à ses skieuses qui, emmenées par Lara Gut et Wendy Holdener, ont déjà signé douze podiums cet hiver. L’équipe masculine, elle, reste loin de l’Autriche (15 podiums, 3 victoires), la France (9, 6), la Norvège (15, 7) et l’Italie (8, 1).

Avant le troisième rang de Beat Feuz en super G vendredi, elle n’avait obtenu que deux podiums, et dans des circonstances particulières. Carlo Janka a surpris en terminant deuxième d’un géant parallèle, en décembre à Alta Badia, et Niels Hintermann a profité de conditions météo très capricieuses à Wengen pour remporter le combiné. Il ne faut ni retirer aux deux skieurs leur mérite, ni y voir beaucoup plus que des «coups» réussis dans des circonstances singulières. «Si je parle d’un point de vue entrepreneurial, compte tenu des ressources mises à disposition des équipes, les retours sont insuffisants», lançait Urs Lehmann à la NZZ.

Mieux que la saison dernière

Pourtant, au temps intermédiaire, les trois podiums en Coupe du monde suffisent à l’équipe de Suisse masculine pour faire mieux cet hiver que le précédent: elle n’en avait encore décroché aucun avant Kitzbühel en 2016. Elle s’était réveillée lors de la descente de la Streif (deuxième et troisième places pour Feuz et Janka) et avait conclu la saison en fanfare grâce aux deux hommes, montés respectivement cinq et deux fois sur la boîte. La preuve par l’exemple qu’il n’est pas trop tard pour réussir une excellente saison 2016-2017.

D’autant que, rêve irréalisable l’an dernier, les techniciens pourraient aussi apporter quelques performances à l’édifice. Si, en géant, ils restent loin du compte, ils flirtent en slalom avec le top 3 depuis le début de l’hiver. «Nous ne sommes pas encore où nous voulons aller dans cette discipline, mais le début de saison est positif. Plusieurs skieurs se rapprochent du podium et ont réalisé de gros progrès», souligne Stéphane Cattin.

Nous ne serons pas les favoris, mais des outsiders qui auront l’avantage d’évoluer à domicile

Des repères à trouver dans les disciplines de vitesse; des résultats références à établir dans les épreuves techniques: le ski suisse masculin a du travail devant lui, mais il est loin d’être en crise alors que les Mondiaux de Saint-Moritz (du 6 au 19 février) se profilent. «Nous ne serons pas les favoris, mais des outsiders qui auront l’avantage d’évoluer à domicile, estime le chef alpin. Nous aurons des chances réelles de podium dans neuf disciplines sur onze.» Et combien faudrait-il en concrétiser pour que les deux semaines soient considérées comme une réussite? «A l’interne, nous avons des objectifs, mais nous n’allons pas annoncer que nous voulons tant ou tant de médailles, car nous voulons éviter de mettre la pression sur l’équipe.»