JUSTICE

Kobe Bryant, le mauvais rebond d'une star accusée de viol aux dépens d'une mineure

Jeudi, le numéro un du basketball américain passera une audience préliminaire, au terme de laquelle son procès pour viol d'une jeune réceptionniste d'hôtel doit être fixé. Récit d'un fait divers très médiatique, qui a pour théâtre une paisible bourgade du Colorado.

Affaire numéro 03CR204. Un cas qui pourrait être banal. Un dossier entassé parmi d'autres sur le bureau d'un juge. Sauf que son libellé porte la mention «le peuple et l'Etat du Colorado contre Kobe Bryant». A partir de là, le dossier en question passe en priorité au-dessus de la pile. Comme, à l'époque, ceux d'O.J. Simpson, accusé puis blanchi du meurtre de son épouse, et de Mike Tyson, coupable d'avoir violé Desiree Washington, alors candidate à l'élection de miss Black America.

Car Kobe Bryant, inculpé de viol avec violence aggravée, et qui s'apprête à subir une ultime audience préliminaire le 27 mai avant – sans doute – un procès retentissant, émarge lui aussi au cercle restreint des superstars qui auraient «dérapé» à un moment de leur existence dorée. Après celle du 11 mai, où Bryant choisit de plaider non coupable, l'audience de cette semaine à Eagle (Colorado) doit permettre aux deux parties d'exposer leur argumentation, suite de quoi le juge Terry Ruckriegle décidera s'il doit y avoir procès ou pas.

Selon la majorité des observateurs, l'accusé sera bel et bien déféré devant un jury d'assises, probablement au mois d'août. Soit au beau milieu des Jeux olympiques d'Athènes, où Bryant est censé s'envoler avec la dream team américaine de basketball!

Jusqu'à une certaine nuit de juin 2003, Kobe Bryant, 25 ans, marié à Vanessa et père d'une petite Natalia, menait une vie presque tranquille, surfant sur les trois vagues habituelles de la réussite sportive: talent, richesse, célébrité. Pilier incontournable et meilleur marqueur des Los Angeles Lakers, triple vainqueur du Championnat professionnel de NBA (National Basketball Association), considéré comme le nouveau Michael Jordan – «Je reconnais que Kobe est le meilleur joueur de l'histoire», dixit son coéquipier Shaquille O'Neal, monstre sacré des parquets de basket –, en prime beau, jeune, riche (12,5 millions de dollars de salaire annuel plus 15 millions de contrats publicitaires), Bryant représente, dans l'imagerie populaire, le gendre idéal version afro-américaine.

Représentait, devrait-on dire aujourd'hui. Le 30 juin 2003, la star débarque sous le pseudonyme de Javier Rodriguez à l'hôtel de luxe Lodge & Spa at Cordillera, proche de la bourgade d'Eagle (3500 âmes dont 99% de Blancs), Colorado, sise à 50 km de Vail, station huppée de sports d'hiver. C'est là qu'il doit se soumettre, le lendemain, à une arthroscopie de son genou gauche.

Aux alentours de minuit, pour une raison restée floue, une réceptionniste âgée de 19 ans (donc mineure aux Etats-Unis), qui terminait son service à 23 heures, monte dans la chambre du basketteur, au premier étage de l'établissement, et y demeure pendant une durée encore imprécise.

Le matin du 1er juillet, la jeune femme – son nom est protégé par les lois du Colorado sur les mineurs – se rend au bureau du shérif du comté d'Eagle, révèle des marques de griffures au cou et sur la figure ainsi que des blessures intimes, assure qu'elle a été violée par Bryant et dépose plainte contre lui. Appelé au téléphone par le shérif, le joueur se présente aux autorités le 4 juillet, avant d'être relaxé deux jours plus tard moyennant une caution de 25 000 dollars.

«Je suis innocent», clamera d'emblée Bryant. Qui, pour se faire pardonner, offrira à son épouse un diamant de huit carats à 4 millions de dollars… Et d'ajouter: «Je suis furieux et dégoûté envers moi-même d'avoir commis l'erreur de l'adultère. Mais je n'ai rien fait de ce que cette femme m'accuse. C'était une relation consentante.» Son système de défense, bâti par une escouade d'avocats qui lui ont déjà coûté plusieurs millions, ne déviera pas d'un pouce.

La stratégie des défendeurs ne consiste pas à infirmer la culpabilité de leur client, mais plutôt à saboter l'accusation. Jeudi à Eagle, ils tenteront de persuader le juge Ruckriegle d'admettre comme élément à décharge la vie sexuelle et la santé mentale fragile de la victime présumée (deux tentatives de suicide l'an passé), afin de démontrer que cette étudiante de Northern Colorado, ancienne cheerleader de son lycée et concurrente malheureuse de l'émission American Idol (le Pop Stars de M6 à la sauce US), était «instable et entreprenante» au moment de sa rencontre avec Kobe Bryant.

Les avocats du joueur prétendent être en mesure de prouver que la jeune femme a eu des relations sexuelles avec d'autres hommes moins de quinze heures après l'épisode Bryant. Et que ses blessures n'ont pas été provoquées par l'accusé, mais par «des partenaires multiples sur une courte période».

De son côté, la plaignante maintiendra sa version des faits lors de l'audience et expliquera, par l'intermédiaire de ses avocats, que sa vie est devenue un enfer depuis qu'elle a pointé du doigt la vedette du basket; qu'elle a dû changer quatre fois de domicile et d'Etat; qu'elle est harcelée par les médias et a reçu des menaces de mort. On se souvient en particulier du cas d'un body-builder suisse qui avait proposé à l'entourage de Bryant de «supprimer» l'accusatrice en échange de 3 millions de dollars.

Si, comme tout le porte à croire, un procès sera fixé à Eagle au terme de l'audience du 27 mai, Kobe Bryant risque, en cas de verdict de culpabilité, une peine de prison allant de 4 ans à la perpétuité, et une amende de 3000 à 750 000 dollars. On est loin de sa vie en rose chez les Lakers.

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