Football

Köbi Kuhn, adieu grand-papa

L’ancien sélectionneur de l’équipe de Suisse est décédé à l’âge de 76 ans. Le grand public gardera le souvenir d’un homme tranquille, qui a davantage souffert qu’il ne l’a longtemps laissé paraître

Le football suisse pleure grand-papa Köbi. Jakob Kuhn s’est éteint ce mardi à l’âge de 76 ans, alors qu’il était atteint dans sa santé depuis quelques années. Il avait été hospitalisé le mois dernier suite à des problèmes pulmonaires.

Le grand public gardera de lui l’image d’un homme doux, mesuré, aux cheveux blancs et au regard pétillant. Celle qu’il renvoyait, au début des années 2000, lorsqu’il fut appelé à prendre les rênes de l’équipe de Suisse après avoir dirigé pendant six ans la sélection espoirs.

Ses débuts furent difficiles – on le juge trop tranquille, insuffisamment porté sur l’exercice médiatique ou inexpérimenté. Mais il sut finalement imposer son style et ses idées, jusqu’à qualifier la Nati pour ses deux premiers grands tournois depuis la fin de l’ère Roy Hodgson (Euro 2004 puis Coupe du monde 2006). Il est encore à la barre lors de l’Euro 2008 organisé à domicile, conjointement avec l’Autriche, et l’histoire le retiendra comme l’un des principaux artisans du retour de l’équipe de Suisse au premier plan du football international.

La fin du verrou

L’ancien joueur du FC Zurich, club pour lequel il joua plus de 400 matchs, était surtout attaché à ne pas reproduire les travers des sélectionneurs qu’il avait côtoyés lorsqu’il tapait lui-même dans le ballon. Quelques jours avant le premier match du Mondial 1966, il est de «la nuit de Sheffield», une virée en voiture avec quelques jolies filles dont il rentrera quarante-cinq minutes en retard par rapport à l’heure fixée, ce qui lui vaudra d’être banni de la Nati pour deux ans. «Au fond, j’ai été touché par cette affaire, nous racontait-il en 2016. On n’avait rien fait de mal. Rien! On n’avait pas bu une goutte d’alcool. Même pas de l’eau! Mais à l’époque, on pensait d’abord à punir…» A son tour sélectionneur national, il s’est mis en tête de faire autrement, de responsabiliser les joueurs, de les laisser prendre leurs propres décisions.

Notre rencontre avec Köbi Kuhn en 2016

Il s’est aussi piqué de les laisser pratiquer un football offensif, guidés par les inspirations d’un Hakan Yakin en qui le Zurichois se reconnaissait peut-être un peu. Avant de s’asseoir sur le banc de la Nati, il avait lui-même été un meneur de jeu délicieux, dribbleur dans l’âme, au cours d’une décennie, les années 1960, qui a petit à petit vu l’équipe de Suisse renier le «verrou» de Karl Rappan car les joueurs commençaient à vouloir jouer comme les Pays-Bas de Johan Cruyff.

Loin des terrains de football, Köbi Kuhn n’a pas été épargné par la vie. Il a perdu sa femme emportée par la maladie en 2014, puis sa fille unique en proie à la drogue en 2018. Et dans une autobiographie publiée cette année, il a même raconté avoir été abusé sexuellement pendant sa jeunesse par un camarade de club un peu plus âgé. Cela ne l’a pas empêché de devenir l’une des personnalités les plus marquantes du football suisse.

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