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Kylan Mbappe après le troisième goal de la France contre l'Argentine, le 30 juin dernier.
© Catherine Ivill

Coupe du monde 2018

Kylian Mbappé, comme une éclipse

Auteur d’un récital lors d’un inoubliable France-Argentine (4-3), l'attaquant de 19 ans a volé la vedette à Lionel Messi sur le terrain, ainsi qu’à Cristiano Ronaldo, éliminé quelques heures plus tard avec le Portugal contre l’Uruguay. S’il confirme, le petit bonhomme sera le grand Monsieur du tournoi

Il est tard samedi soir dans ce bar presque vide de Kazan. Le match est terminé depuis longtemps. Mais devant sa pinte de bière locale, Michel peine encore à retrouver ses esprits. Les larmes ne sont pas loin. Ce sexagénaire alsacien ne manque pas une édition de la Coupe du monde depuis 1978, mais des émotions comme celles-ci, il n’en a pas connues beaucoup, dit-il. A un fan argentin qui s’approche pour «féliciter la France» de sa victoire 4-3, il répond sportivement que «pour un bon match, il faut deux bonnes équipes».

Et pour une rencontre inoubliable, il faut des joueurs d’exception. Michel, extatique: «Kylian, je l’ai vu grandir à Monaco. Je suis un abonné du stade Louis-II, Monsieur. Et aujourd’hui, voir le gamin à ce niveau… Que dire? Que dire?»

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Dire d’abord ce qu’il s’est passé. Contre l’expérimentée mais lourde défense de l’Argentine en huitièmes de finale du Mondial, Kylian Mbappé a offert un festival d’agilité, de vitesse, de légèreté. Il a donné à Antoine Griezmann le penalty de l’ouverture du score, descendu dans la surface de réparation au bout d’un solo étourdissant sur plus de 50 mètres. Il a signé un doublé en fin de match, d’abord en ensorcelant ses cerbères dans un espace minuscule, puis en écrivant la conclusion parfaite d’une belle action collective.

Bonjour l’avenir

Avant la rencontre, il n’y en avait que pour Lionel Messi. L’Argentine exaltait sa motivation en parlant de la présence dans ses rangs du «meilleur joueur du monde», d’un «phare pour la sélection» (selon le sélectionneur Jorge Sampaoli). La France se demandait inquiète comment l’arrêter. Comment l’empêcher de sublimer une Albiceleste limitée mais orgueilleuse en une machine à gagner.

Sur le moment n’a existé qu’une menace théorique, diffuse. Leader par la légende plus que par l’exemple, le capitaine argentin a traversé la rencontre en marchant, dans l’attente d’un momentum qui n’est jamais venu. Malaisant contraste avec ses coéquipiers déchaînés d’engagement. Davantage encore avec un Kylian Mbappé qui attaquait à toute vitesse, et défendait à corps perdu.

Lionel Messi a quitté la Russie comme il a vécu l’élimination de son équipe. En traînant les pieds, la tête baissée. Quelques heures plus tard, un Cristiano Ronaldo moins passif mais pas plus efficace subissait le même sort avec le Portugal contre l’Uruguay (1-2). Rien ne garantit que les deux hommes, respectivement âgés de 31 et 33 ans, seront encore là dans quatre ans pour guider leur sélection. Leur légende, écrite à l’encre de la distinction individuelle (cinq Ballons d’or chacun), ne sera sans doute jamais frappée du sceau de la Coupe du monde. Comme un signe des temps, en Russie, ils ont le jour de leur élimination été totalement éclipsés par un garçon de plus de dix ans leur cadet. C’est-à-dire par l’avenir.

L’autre trophée de 1998

Kylian Mbappé n’en est pas à son coup d’essai. A peine majeur, il contribuait largement au titre de champion de France de l’AS Monaco puis était recruté par le Paris Saint-Germain pour la somme faramineuse de 180 millions d’euros. Un peu moins que Neymar quelques semaines auparavant (220 millions d’euros), mais beaucoup plus que n’importe quel autre footballeur. Dans la capitale, il a réalisé une saison suffisamment convaincante pour s’affirmer en titulaire incontestable de l’équipe de France. Mais de là à imaginer qu’il puisse, lors du premier véritable test des Bleus en Russie, dans une Kazan Arena transformée en Bombonera par des supporters argentins en ultra-majorité, évoluer à ce niveau…

Alors, que dire? Que ce jeune homme est, de par son année de naissance, «l’autre trophée de 1998» pour l’équipe de France, comme l’a joliment formulé un journaliste norvégien après le match? Cela a eu le mérite de faire marrer l’intéressé et son sélectionneur. Didier Deschamps, qui a soulevé la Coupe du monde avant d'y emmener Kylian Mbappé, répond qu’il est «content que Kylian soit Français», tout en prévenant le monde qu’il «a encore une marge de progression considérable».

Le sélectionneur argentin Jorge Sampaoli, lui, y a été d’un hommage appuyé qui, en d’autres circonstances, aurait pu s’appliquer à Lionel Messi. «Quand tu prépares un match contre un joueur comme lui, tu prévois forcément un plan pour le contrôler, c’est obligatoire. Mais parfois, quand il a décidé de s’éclater comme ce soir, le plan ne peut qu’échouer…»

Le spectre de Michael Owen

Difficile de résister à la tentation de la comparaison. Mais avec qui? Les Français ont vite fait de Kylian Mbappé un successeur de Thierry Henry (la vélocité sur l’aile, le coup d’œil, l’efficacité). Les Brésiliens (qui sont partout en Russie pour la Coupe du monde) semblent tentés de voir chez lui le génie précoce de Pelé – ce qui laisse l’intéressé perplexe – ou de Ronaldo, le leur, pas le Portugais. Didier Deschamps soupire. «Bon, déjà, les deux joueurs n’ont pas le même profil. Ronaldo était un pur centre avant, à l’aise dans de minuscules périmètres. Kylian est plus fort quand il a de l’espace pour faire parler sa vitesse. Et puis on parle quand même d’un homme qui a gagné la Coupe du monde, le Ballon d'or, et d’un autre qui est certes pétri de talent mais qui a encore du chemin à faire. Laissons-lui du temps.»

 Parce qu’une autre comparaison s’impose. Vingt ans jour pour jour avant Kylian Mbappé, un autre gamin de moins de 20 ans a marqué les esprits contre l’Argentine en huitièmes de finale de la Coupe du monde. Il est Anglais, s’appelle Michael Owen et met la planète football à ses pieds en inscrivant un but incroyable au bout d’un solo virtuose. Il décrochera le Ballon d'or (en 2001) et signera en superstar au Real Madrid (en 2004), mais un destin cabossé par les blessures et les contre-performances l’a empêché de tenir les grandes promesses contenues dans sa prestation du 30 juin 1998. Un précédent qui implique un devoir de réserve dans le dossier Mbappé.

En quarts de finale, l’équipe de France rencontrera l’Uruguay. Kylian Mbappé aura l’occasion de confirmer, pour s’imposer, tout petit bonhomme qu’il est, comme le grand Monsieur de la Coupe du monde en Russie. Que dire de lui? Peu importe. Il vaut mieux le laisser parler balle au pied.

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