Greg Rusedski sera auditionné par l'ATP le 9 février prochain, à Montréal. Son système de défense ne change pas: 43 échantillons prélevés sur le circuit professionnel ont révélé un taux de nandrolone anormalement élevé. Un seul cas, selon lui, a entraîné l'ouverture d'une enquête – le sien.

Rusedski encourt une suspension de deux ans, mais l'enjeu, ici, va bien au-delà. Si l'ATP amnistie le joueur britannique, elle perdra une partie de sa respectabilité – au demeurant récente – en matière de lutte antidopage. Si elle conclut à sa culpabilité, Rusedski révélera le nom des 42 joueurs contrôlés positifs, autant de foyers à scandale.

Toute la stratégie consiste à démontrer que l'ATP a fourni des pastilles contaminées à la fabrication. «Aux vestiaires, je suis assailli de messages de soutien», prétend Rusedski. La réalité est un peu différente. En coulisses, au sein d'une corporation notoirement hermétique, cette affaire provoque un certain embarras, a fortiori depuis que John McEnroe a jugé utile de confesser une longue accoutumance aux stéroïdes, avant de reformuler ses allégations de manière ambiguë.

Le Belge Christophe Rochus, engagé à l'Open d'Australie, a renchéri lundi dans un quotidien de son pays: «Je suis révolté de voir Rusedski et Chela jouer l'un contre l'autre, sans avoir honte d'être là. Ce sont des tricheurs, ils ont été pris et ils font encore les kings.» Le Belge, classé 93e au dernier recensement de l'ATP, dénonce le dopage depuis plus de trois ans. «A l'époque, j'avais pointé le tennis argentin du doigt. Depuis, Coria, Chela et Puerta ont été punis. L'ATP m'a fait comprendre qu'on n'avait pas le droit de parler de dopage dans le tennis, mais, à l'arrivée, je constate que je n'avais pas tort.»

Des mesures répressives existent véritablement depuis 1996. Auparavant, les contrôles étaient parcimonieux, les coupables disparaissaient du circuit pendant quelques mois et étaient annoncés blessés. Depuis près d'un an, l'ATP a durci sa législation, en conformité avec l'Agence mondiale antidopage (AMA). En 2003, Roger Federer s'est plié à quinze contrôles inopinés, dont six en Coupe Davis. Serena Williams, particulièrement réfractaire aux piqûres, en a subi… 24 en quinze mois. «Je pleure à chaque fois, c'est une atroce souffrance», avait-elle protesté au dernier tournoi de Roland-Garros.

Le tennis punit, mais l'omerta reste de mise. Si la presse britannique, alertée par de discrètes rumeurs, n'avait pas exercé une forte pression sur Rusedski, elle n'en aurait probablement jamais obtenu les aveux. Quatre mois s'étaient également écoulés avant que ne soient élucidées les vraies raisons du départ en vacances de Guillermo Coria. «Il est impossible d'écarter l'hypothèse d'un dopage ancré dans les mœurs, estime un insider de l'ATP. L'enchaînement des tournois, les décalages horaires, l'âpreté des matches peuvent convaincre certains joueurs de «s'aider» au niveau de la récupération. Mais l'abus de produits dopants nuirait à la lucidité, prépondérante dans ce sport.»