Le soleil se couche sur le retour au port d’Alinghi. Après une deuxième régate disputée dans un vent faible, le Defender a définitivement perdu sa Coupe, sans discussion. «L’aile est une arme», disait Ernesto Bertarelli. Elle a touché le catamaran. Coulé. «Nous sommes déçus parce qu’on pensait les bateaux plus proches... Ils se sont bien battus mais cette aile est décidément très performante», a dit Pierre-Yves Firmenich, président de la Société Nautique de Genève avec qui Le Temps a suivi cette deuxième régate.

Sur le bateau de la Société Nautique de Genève (SNG), le départ est bon enfant. Un retour au port à cause d’une avarie mécanique n’affecte pas l’humeur de l’équipage qui transporte avec joie cloches, drapeaux et vaisselle estampillée du drapeau suisse dans une autre embarcation. Ambiance colonie de vacance, le champagne en plus. A peine arrivé sur la zone de départ, le bateau va tourner autour du catamaran d’Alinghi. Les cloches font un incroyable boucan. L’équipage vautré dans les filets regarde amusé le drapeau suisse géant. Alec Tournier, secrétaire générale de la SNG en profite pour commenter la dernière régate. «Ils étaient surtoilés, explique-t-il. Leur voile trop grande les freinait comme un parachute au lieu de leur donner plus de puissance.»

Le vent est léger, six noeuds, les membres de la Société Nautique (SNG), fébriles. L’heure de la revanche a sonné. Mais qu’attend le comité de course pour donner le départ? Au fur et à mesure que l’heure limite approche, l’énervement grandit. On évoque des bretelles qu’il faut remonter. Les spectateurs en profitent pour rattraper leur retard: «Pourquoi il n’y a que deux bateaux déjà cette fois?» Enfin le début de la course est annoncé. Mais là, stupeur. Alinghi tarde à entrer dans la zone de départ et écope d’une pénalité. «C’est incompréhensible», dit Alec Tournier. «On dirait qu’ils se sont fait surprendre par le temps.»

Comme lors de la première régate, Alinghi part vite mais avec une pénalité. Et là encore, Oracle le rattrape et passe la première bouée en tête. Le retard reste honorable, Alec Tournier s’en contente: «Même si on perd aujourd’hui, on ne se sera pas fait lessiver deux fois.» Au portant, où Alinghi espérait encore une fois prendre l’avantage, le retard s’accumule. Presque 1,5 km au passage de la deuxième bouée. La résignation est palpable. Les mots «erreurs terribles» et «déculottée» sont prononcés. Les visages se ferment, on n’entend plus les cloches. «On a affaire à une technologie innovante qu’Oracle a réussi à mettre parfaitement au point», rappelle Pierre-Yves Firmenich. Tandis que les multicoques se profilent à l’horizon pour rejoindre l’arrivée, l’enthousiasme renaît. A côté du bateau de la SNG: l’énorme vedette du Golden Gate Yacht Club (GGYC). Quelques applaudissements polis et des regards admiratifs accueillent le défi américain. Autour, les sirènes de la trentaine de bateaux accompagnants célèbrent la victoire.

Les cloches sont de retour, elles accompagnent Alinghi 5 qui rentre au port. Elles donnent aussi un peu de courage à Pierre-Yves Firmenich qui doit le soir même remettre la Coupe à son homologue du GGYC. «Ça va être un moment très pénible, vous pouvez l’écrire. Je ne le fais pas avec plaisir.»

Pendant que la cérémonie de remise de la Coupe commence, les membres de l’équipe navigante rentrent au port la mine défaite. Les vagues les ont lessivés. «La séquence des vagues était difficile à gérer, dit Pierre-Yves Jorand. Les alarmes du bateau sonnaient en permanence, on était inquiets.» «On a marché sur des oeufs, ajoute Loïck Peyron. J’avais mal aux fesses.» Les navigateurs hésitent entre compliments appuyés à l’aile et amertume. Ils n’ont pas pu choisir le lieu de la régate et leur bateau a souffert. «La petite finale s’est jouée sur l’eau mais la régate avait commencé bien avant», dit Pierre-Yves Jorand. Alinghi aurait-il gagné à Ras al-Khaimah? Non, sans doute pas.

Ernesto Bertarelli conclut: «Je félicite le team BMW Oracle pour leur victoire. Ils avaient une stratégie, un peu d’aide de la cour de New York et ils ont pu développer leur bateau en regardant le nôtre. C’est l’America’s Cup, pas la European cup. C’est très dur pour une équipe européenne de la gagner. Et la plus belle réussite d’Alinghi fut d’être le premier à y parvenir. »