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Au virage 9, c’est plus calme.
© Franklin Stuart/Getty Images ©

Cyclisme

A l’Alpe d’Huez, la vie de camping au virage 9

Le col mythique de l’Alpe d’Huez est investi par des milliers de personnes une semaine avant le passage du peloton. La vie s’y organise entre contemplation, convivialité et musique techno

Ils voulaient aller au plus haut, quasiment au sommet de l’Alpe d’Huez, à 1850 mètres d’altitude. Ils ont donc monté leur camping-car le 11 juillet, une semaine avant l’ascension du col par le peloton. «Mais il y avait déjà plus de 200 caravanes, pas de place, on est donc redescendus et on s’est installés au virage 9», racontent Simone et Robert Tetu, respectivement 80 et 76 ans.

Ils étaient gérants d’un magasin d’alimentation à Dijon. Depuis qu’ils sont à la retraite, la route est leur territoire, et le Tour de France le rendez-vous estival qu’ils donnent à leur pays qu’ils trouvent si beau. Il y a dix ans, ils venaient avec le petit-fils qui s’en allait en amont puiser de l’eau à la cascade et redescendait avec son skate-board. Le gosse a bien grandi et ne suit plus Papy et Mamie. Il trouve désormais cela un peu ringard, ce que ne comprennent pas les grands-parents.

L’incroyable foule qui s’amasse le long des 13,8 kilomètres de l’ascension mythique est en effet plutôt jeune. Certains des 21 virages se muent durant des jours et des nuits en festival techno. Le plus célèbre est le 7, dit «des Hollandais». La couleur est orange, la bière coule, l’ambiance est déjantée, les clubbers de montagne dansent sur la chaussée en levant des chaises. Un cimetière surplombe le dancefloor. Une société de sécurité a été spécialement mandatée pour que le lieu de repos le reste un peu.

Parties de «beer-pong»

Règle à respecter au virage 7: monter les vitres des voitures, car les Hollandais aiment asperger de bière et autres liquides les suiveurs et les journalistes. Au virage 9, c’est plus calme. Simone et Robert ont pour voisins quatre jeunes Allemands qui ont eux aussi posé leur camping-car il y a plusieurs jours. «Des garçons un peu bruyants mais gentils, ils nous ont remonté un peu d’eau», dit Simone. Andreas et Mikael ont aussi ramené l’idée d’un jeu devenu populaire, que les étudiants connaissent bien: le «beer-pong». Une table, une petite balle que l’on doit projeter dans un gobelet. «Si tu rates, tu bois une bière», résume Andreas.

Pour le moment, ils réchauffent une boîte de raviolis au bœuf. Autres voisins, Yolanda et Yohanna, deux Néerlandaises en camping-car avec qui Simone et Robert parlent avec les mains. Simone croit qu’elles forment un couple «parce qu’elles vivent comme un homme et une femme». Face à eux, un jeune couple anglais de Newcastle qui a fixé une petite tente. Ils supportent Chris Froome mais ne le font pas trop savoir, car ils ont lu sur certaines banderoles des mots peu aimables à l’encontre de celui sur lequel pèsent des soupçons de dopage…

Une étape souvent décisive

La vie dans ce virage 9 est autogérée. Avant de monter, les frigos ont été remplis, les placards aussi. Les cassettes WC permettent de se soulager pendant huit jours «sans risque que ça déborde». Un boulanger passe tous les matins avec du pain frais et des croissants, un marchand de poulets cuits et précuits klaxonne vers 11h. En attendant le Tour, on regarde la télé, le paysage féerique et le Bourg-d’Oisans en contrebas, et on compte le nombre de cyclistes qui montent à l’assaut du pic. «Trente mille», croit savoir Simone. Trois cents cyclotouristes effectuent l’ascension chaque jour de l’année, quand le temps le permet.

Qu’est-ce qui pousse ces gens et tant d’autres à se poster ainsi sur un virage et à en faire un lieu de vie, presque un terrain de camping? «C’est la plus belle montée du Tour, il se passe toujours quelque chose et on voit les coureurs arriver de loin», argumente Robert. Le col n’est pas le plus difficile de France, mais il est souvent décisif. Celui qui est en jaune le soir de l’étape de l’Alpe est souvent vainqueur à Paris. Il n’y a que sept contre-exemples sur 28 arrivées.

La Grande Boucle a connu sa première arrivée dans la station en 1952 avec une victoire de Fausto Coppi. Le Tour s’y rend au rythme d’une année sur deux. Beaucoup de victoires néerlandaises dans les années 1980 et 1990 (Zoetemelk, Kuiper, Theunisse). On se souvient aussi de Bernard Hinault et de Greg LeMond main dans la main à l’arrivée. Le meilleur souvenir de Simone et Robert Tetu: avoir servi un café, il y a trois ans de cela, à la maman d’Alexis Vuillermoz, vainqueur d’une étape du Tour en 2015. «Elle cherchait un coin pour satisfaire un besoin naturel, on l’a reçue dans notre camping-car», raconte Simone. Le Français d’AG2R Romain Bardet est leur favori cette année. Il a viré en deuxième position au virage 9 et a fini troisième d’une étape remportée par le porteur du maillot jaune Geraint Thomas. Si le virage 9 s'est bien tenu , d'autres ont été moins respectueux envers certains coureurs. Chris Froome notamment a été bousculé lors des derniers kilomètres et l'italien Vincenzo Nibali a été victime d'une chute, poussé par un spectateur. 

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