Il n’y a que les Etats-Unis pour faire ça. Pour mettre en scène ses athlètes dans une sorte de talk-show à l’américaine. Un spectacle en deux parties. Avec pour le second volet, une jolie brochette de champions «made in US». Dawn Harper, championne olympique du 100 m haies, Christian Taylor, recordman du monde du triple saut, Allyson Felix, double médaillée d’argent aux JO sur 200 m et Jason Richardson, champion du monde du 110 m haies.

Ça sent la prestation répétée préalablement, mardi, dans la salle de conférence principale du «Main Press Center» de ces Jeux de Londres 2012. La volonté de se présenter soudés et conquérants dans une posture de «dream team». Pendant une heure, ces quatre athlètes, entourés des coaches de l’équipe masculine et féminine, brandissent leur confiance, leur fierté, leur foi et leurs ambitions. Le tout dans un esprit d’équipe et de «coolitude» revendiqué.

Droite comme un i devant son pupitre, comme se doit de l’être une conférencière, la responsable de la communication de la Fédération d’athlétisme (USA Track and field) anime soigneusement le débat dans le but évident d’amuser et d’émouvoir le parterre de journalistes, américains pour la plupart.

Dawn Harper, appelée par l’animatrice à rappeler son parcours dans une volonté évidente de la sortir de l’ombre médiatique envahissante de sa coéquipière Lolo Jones, remporte la palme de l’émotion. Elle raconte son histoire avec dramaturgie et emphase, avouant avoir pleuré la veille dans sa chambre en repensant à d’où elle vient. Elle évoque son enfance dans les quartiers est de Saint-Louis. Son envie de devenir quelqu’un. Ses parents sans argent. «En 2008, je n’étais qu’une gamine que personne ne connaissait, à part mon coach et ma famille. Et maintenant quand je me promène au village olympique, on me prend en photo.» Elle insiste sur son rêve devenu réalité et conte une anecdote. «A Pékin, je n’avais même pas une bonne paire de chaussures. Les miennes étaient usées. Et je n’avais aucun sponsor pour m’en donner. Je me suis dit que je ne pouvais pas courir comme ça. Alors j’ai appelé Michelle Perry (sa partenaire d’entraînement) pour qu’elle m’en prête. Elle n’avait que la paire avec laquelle elle avait couru.» Plus tard, Harper fondera même en larmes à l’évocation de sa mentor, l’athlète Jackie Joyner Kersee, sans qui elle ne serait pas là aujourd’hui. Elle se tient la gorge et s’excuser pour son émotivité.

Bonnet gris estampillé «USA» enfoncé sur ses «dread locks», Jason Richardson acquiesce par un régulier hochement de tête les propos de ses collègues. La révélation des Mondiaux de Deagu sur 110 m haies, contradicteur annoncé de Dayron Robles et Liu Xiang, évoque sa mère à chaque détour de phrase. A croire que c’est pour sa génitrice, à l’origine de son amour pour le gospel, dit-il, qu’il est là. «C’est un honneur incroyable. Je suis content d’être là où je suis. Béni d’être dans la position d’un médaillable et même d’un favori. Je suis très excité.»

Christian Taylor, lui, tente la carte de l’humour: «J’ai envie de surprendre plus de gens encore, de devenir cette star que les foules acclament, de faire le show. Je suis là pour être ce Chris Brown, ce Michael Jackson dont les gens parleront.» Ces coéquipiers pouffent. L’exercice est décidément théâtral. Taylor donne encore la genèse de sa vocation pour le triple saut. «Gosse, je sautais tout le temps, du canapé, des murs, j’aimais cette sensation de voler.»

Allyson Felix sera la plus modérée. La double vice-championne olympique d’Athènes et Pékin sur 200 m affirme juste sa volonté de monter une marche supplémentaire. «Je suis juste excitée à l’idée de courir et tenter ma chance.»

Excité, honoré, béni, ces vocables reviennent en boucle. Et à l’heure d’évoquer la menace jamaïcaine, le discours uniformisé insiste sur l’absence de complexe à l’égard de la vague jaune et verte qui trusta les podiums à Pékin. «Nous courons pour nous, nous nous sentons forts et en confiance et ne nous préoccupons pas de la Jamaïque. A part peut-être en relais où la rivalité est fun», insiste Felix. La coach, qui fronçait les sourcils en l’écoutant répondre, se détend. La leçon fut bien récitée.

«A Pékin, je n’avais même pas une bonne paire de chaussures. Les miennes étaient usées»