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Lamine Diack, le Sepp Blatter de l’athlétisme

L’ancien président de l’IAAF est soupçonné d’avoir couvert les Russes contre des pots-de-vin

La commission de l’AMA n’a pas abordé lundi le volet de son enquête qui concerne la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), et plus particulièrement l’ancien président, Lamine Diack, deux de ses fils et son ancien responsable de la lutte antidopage, Gabriel Dollé. Tous sont accusés, avec deux dirigeants russes, de corruption et de blanchiment aggravé. Sous le coup d’une enquête du juge d’instruction au pôle financier du tribunal de Paris, Renaud Van Ruymbeke, Lamine Diack aurait touché 200 000 euros de la Fédération russe d’athlétisme (ARAF) pour passer sous silence des faits de dopage. Si certains éléments ont paru dans Mediapart et Lyon Métropole la semaine dernière, «l’enquête est en cours et ses conclusions ne seront communiquées qu’en fin d’année», précise Dick Pound.

Comme Sepp Blatter à la tête de la FIFA depuis 1998, Lamine Diack dirigeait l’athlétisme depuis la fin du XXe siècle (1999). Ils avaient succédé tous deux au «père», Primo Nebiolo pour l’un, João Havelange pour l’autre. Comme Blatter, il s’est maintenu sans opposition jusqu’en 2015 et en a profité pour placer ses proches, les fils africains comme le neveu valaisan. Atteint par la limite d’âge (82 ans), le Sénégalais a cédé la place à un ancien champion (l’Anglais Sebastian Coe, préféré à l’Ukrainien Sergueï Bubka) là où le Suisse (79 ans) a refusé de laisser son siège à Michel Platini. Les deux patriarches se retrouvent aujourd’hui mis en examen par la justice, soupçonnés d’avoir sinon alimenté du moins couvert un vaste réseau de corruption.

Comme Sepp Blatter, Lamine Diack est fier de son bilan. Sous son règne, l’athlétisme – comme le football de M. Blatter – s’est universalisé, a conquis de nouveaux marchés, intéressé de nouveaux sponsors et multiplié les compétitions dans le calendrier. «On s’apercevra que je partirai en laissant une enveloppe de 65 à 70 millions de dollars», annonçait-il ce printemps dans Jeune Afrique.

Interrogé sur la question du dopage, il eut également dans cette interview une phrase lourde de sous-entendus: «L’athlétisme est exemplaire, tout simplement parce que si le public ne croit plus en nos performances, nous sommes morts.» Faute de pouvoir garantir la probité de ses podiums, Lamine Diack a pris le parti d’en préserver la valeur marchande. Peu importe, finalement, qu’il ait agi pour développer son sport et non par cupidité.

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