Le FC Aarau a récolté, il y a deux ans, plus de 3 millions de francs auprès de ses partisans, évitant ainsi une faillite programmée. Marc Roger, dont le budget de fonctionnement est autrement plus élevé que celui du club argovien, rêve d'une issue similaire en faveur du Servette FC. Mais cette ultime bouteille lancée à la mer a peu de chances de porter ses fruits. Car le crédit du patron des Grenat en ville de Genève semble sérieusement écorné.

«Faire un geste, c'est une chose. Mais il faudrait être sûr que l'opération soit suivie d'un effet concret», déclare une personnalité en vue de la place financière désirant garder l'anonymat. «Il faut malheureusement peut-être arriver au clash pour voir le phénix servettien renaître de ses cendres. Le centre de formation, lui, mérite d'être soutenu, y compris par l'Etat.» Hormis les inconditionnels, qui acceptera de mettre la main au portefeuille? «On ne peut qu'encourager les gens à se mobiliser», estime Marco Torriani qui, en tant que président du Genève-Servette HC et directeur de l'Hôtel du Rhône, en connaît un bout sur le tissu économique genevois. «Mais y aura-t-il assez de dons afin de dénicher tous les millions qui manquent au club? C'est une autre question.»

Les premiers éléments de réponse ne poussent pas à un optimisme délirant. Et la solution ne viendra pas du groupe Franck Müller: «Nous avons investi plusieurs centaines de milliers de francs dans le club ces dernières années», explique Didier Decker, directeur administratif et financier. «Nous ne serions pas contre l'idée, après une étude sérieuse et si un projet tenait la route, de remettre quelque chose pour le Servette auquel nous restons attachés. Mais je vous rappelle qu'à son arrivée, Marc Roger nous a demandé de quitter l'actionnariat du club…»

«Rendre Servette à son public»

L'amour des Genevois pour leur centenaire sera-t-il plus fort que le scepticisme engendré par la gestion aléatoire de Marc Roger? «L'idée de la souscription publique n'est pas mauvaise, estime Alain Rolland, directeur de Jelmoli. Mais que se passera-t-il si l'argent nécessaire est réuni? Il faut être raisonnable et Marc Roger doit redescendre sur terre: le club ne peut pas tourner dans les conditions actuelles.»

Fanatique de longue date, Nicolas refuse l'idée de voir son club mourir. Mais il ne versera, à regret, pas un sou: «Je mettrais volontiers 1000 francs contre l'avis de ma femme, mais vu le budget du ménage en ce moment, ce ne sera vraiment pas possible.» Didier et Ivan essaieront de compenser. Membres fondateurs du fan-club de la Section Grenat, ils ont mis sur pied un site internet de soutien (www.sfc2005.ch). L'idée consiste à réunir 500 personnes ou sociétés prêtes à verser 500 francs par mois afin de contribuer à «un budget établi en fonction des recettes» et de «rendre Servette à son public».