«Oui, je suis un miraculé de la médecine.» Lance Armstrong revient de loin. La maladie interrompit brutalement sa brillante carrière alors qu'il n'avait que 26 ans. Jugé perdu pour le sport, il retrouve le plus haut niveau en remportant l'épreuve d'endurance considérée comme la plus dure du monde: le Tour de France 1999. Et de quelle manière. Avec quatre victoires d'étape, dont une dans les Alpes, l'Américain rivalise, en panache, avec les Merckx et Hinault qui ont fait la légende de la Grande Boucle. Sans doute aucun, son come-back est le plus grand de l'histoire du sport.

Miracle donc, puisque la maladie, un cancer des testicules, avait déjà atteint les poumons et le cerveau du coureur quand elle fut tardivement détectée. C'était en octobre 1996, à la veille des championnats du monde. Lance entre aussitôt à l'hôpital d'Indianapolis. Chimiothérapie, opérations, convalescence. «J'ai lutté contre la mort, j'ai découvert une autre forme de souffrance», explique l'Américain. Ses médecins ne lui donnaient qu'une chance sur deux de survivre à un cancer qui atteignait son plus haut stade d'agressivité.

Lance Armstrong a appris très tôt à lutter. Il a 1 an quand son père quitte le domicile familial. Il n'a jamais connu son géniteur. Sa mère se remarie mais Lance ne s'entendra pas avec ce beau-père qui s'en ira lui aussi quelques années plus tard. Enfant, il choisit le sport pour exister. La natation d'abord. Il a 11 ans et déjà il s'entraîne comme un fou, deux fois par jour. Puis il file vers le triathlon, la défonce totale, la clique des brutes aux muscles d'acier. Professionnel dans cette discipline à 15 ans, il rivalise vite avec les meilleurs compétiteurs de son pays. Le jeune Lance voue un culte à l'effort et la victoire qui seule compte. Il pousse à la caricature son caractère naturel: mâchoire carrée, regard buté, certitudes simples.

Peu à peu, il s'oriente vers le vélo, discipline pour laquelle il pressent avoir le plus de dispositions favorables. Champion amateur des Etats-Unis en 1991, il intègre les pros en 1992 et devient l'année suivante, à Oslo, le plus jeune champion du monde sur route. Il n'a que 23 ans. Il correspond à l'archétype américain du champion hors norme.

Le coup d'arrêt est brutal. «Je me suis reconstruit dans ma maladie», explique aujourd'hui Lance Armstrong. Avant, l'homme et le coureur étaient crispés, agressifs, orgueilleux, arrogants. Son cancer soigné, Lance revient amaigri, affaibli, et mentalement transformé. «Il s'est renfermé et il est devenu plus sage», témoigne une journaliste de Dallas qui le connaît depuis dix ans. «J'ai appris la patience en mesurant le vrai prix de la vie», dit-il lui-même.

Subsiste la même soif de gagner. Une soif dopée par l'envie de revanche. Lance Armstrong ne cache pas son dégoût pour son ancien employeur, Cofidis. Après lui avoir spontanément promis leur soutien, les responsables de l'équipe se sont rendus à son chevet pour lui proposer un contrat au rabais. Plus aucun groupe cycliste européen ne croyait en lui. Cruelle désillusion. La blessure suinte encore: «J'ai pensé à ces équipes en gravissant les cols du Tour. Je me disais: gagne le Tour, tu leur feras la leçon.» Calculateur, le coureur va jusqu'à chiffrer froidement à 25% la part de sa motivation puisée dans son désir de revanche.

Lance Armstrong doit son salut à la Poste américaine, qui sut entendre les médecins du coureur donner leur feu vert à son retour à la compétition. La suite paraît évidente. «J'ai travaillé encore plus fort qu'auparavant.» De la sueur, encore de la sueur. Dans son pays, le Texan est surnommé «nuque rouge», comme tous les ouvriers agricoles qui s'épuisent dans les champs sous le soleil brûlant. Rien que de la sueur? La suspicion plane sur la résurrection du Texan. «Il ne prend que des vitamines», atteste son médecin. «Croyez-moi, je suis tout simplement devenu plus professionnel», déclare Lance Armstrong. Aux Etats-Unis, où les doutes sur ses performances ont à peine été relayés, le miraculé Armstrong est déjà un mythe. Un champion qui a dominé la mort. Une race à part.