Dopage

Lance Armstrong, la chute du héros américain

Le champion perd ses sept titres sur le Tour de France, décision provisoire. Depuis son combat victorieux contre le cancer, il était devenu un mythe national

Lance Armstrong, l’incarnation de l’abnégation, de la persévérance, a fini par jeter l’éponge. Harcelé par une justice qui n’a jamais voulu s’en tenir aux centaines de contrôles antidopage négatifs qu’il rappelle avoir subis. Vendredi, le verdict de l’Agence américaine antidopage (Usada) est sans appel: le champion américain est radié à vie du cyclisme professionnel et ses sept titres du Tour de France, remportés entre 1999 et 2005, lui sont retirés. En juin dernier, l’Usada, qui a mené une enquête pendant plus de deux ans, révélait qu’elle disposait de témoignages de dix anciens coéquipiers prêts à confirmer que l’Américain avait triché en recourant, notamment, à des stéroïdes et à des transfusions sanguines pour améliorer ses performances. L’affaire n’est pas terminée. L’Union cycliste internationale (lire ci-dessous) attend d’être en possession du dossier avant de se prononcer.

Pour Lance Armstrong, 40 ans, abandonner le combat n’est pas dans sa nature. Une telle décision s’explique, avance-t-on, non par lassitude, mais par souhait de prouver une nouvelle fois son innocence et de ne pas subir l’humiliation d’un procès pour dopage. Aux Etats-Unis, l’homme, né à Dallas en 1971, a une aura digne des héros. Il a réussi le prodige, une décennie après Greg LeMond, de rendre populaire le Tour de France dans un pays longtemps étranger au monde de la petite reine. Les Américains ont commencé à s’intéresser aux étapes des Pyrénées ou de l’Alpe d’Huez. A Central Park à New York, le soir ou le week-end, sur la route asphaltée qui fait le tour du poumon de Manhattan, les disciples de Lance Armstrong se comptent par centaines. Au pays du baseball et du basketball, le Texan est parvenu à faire de ce sport très européen une discipline sportive digne d’intérêt. Steve Johnson, président de US Cycling, l’organe faîtier du cyclisme américain, déclarait il y a peu que Lance Armstrong avait mis le cyclisme sur le radar de nombreux jeunes Américains. Les chiffres l’attestent. En 2010, US Cycling avait enregistré 70 000 licences de compétition, soit une augmentation de 63% par rapport à 2002.

Considéré comme l’un, si ce n’est le plus grand cycliste de tous les temps, Lance Armstrong, proche de l’ex-président George W. Bush, mais opposé à l’époque à la guerre en Irak, incarne à sa manière plusieurs mythes américains. Sa liberté de parole, qui a énervé plus d’un journaliste, était à la mesure de son caractère complexe et parfois ombrageux. Elle révèle la confiance qu’une superpuissance offre parfois à ses citoyens. La niaque du Texan a souvent été brandie en exemple par ces Américains qui fustigent l’Etat providence. Le septuple vainqueur du Tour de France et médaillé aux Jeux olympiques de Sydney en 2000 a été un sportif mû par un esprit de compétition hors norme, aidé par une physiologie exceptionnelle. Des scientifiques avaient mesuré qu’il était capable de produire une puissance de 500 watts pendant vingt minutes en gravissant les cols de la Grande Boucle, alors qu’un jeune homme du même âge peut en faire autant mais pendant 30 secondes.

Lance Armstrong est aussi l’incarnation d’un autre mythe américain: l’optimisme. En 1996, il crache du sang et souffre de terribles maux de tête. Diagnostic: cancer avancé d’un testicule, métastases dans l’estomac, les poumons et le cerveau. Les médecins lui donnent peu de chances de s’en sortir. Il subit une chimiothérapie très agressive. On lui enlève les lésions cancéreuses du cerveau. Dans le même temps, il perd le contrat qui le lie à son équipe cycliste et n’a plus d’assurance maladie. Après le traitement, il peine à monter une petite côte à bicyclette. Il reviendra pourtant à la compétition pour remporter sept Grandes Boucles. L’expérience l’a transformé. Il lance sa Fondation Lance Armstrong et organise de vastes collectes de fonds, notamment auprès de membres du Congrès, pour soutenir la recherche dans la lutte contre le cancer. Les adeptes de son combat portent un bracelet jaune en guise de solidarité. Pour Lance Armstrong, il est important que les malades du cancer puissent faire face au désespoir du diagnostic, et qu’ils soient capables d’accéder aux bonnes informations pour avancer dans le traitement. L’engagement d’Armstrong est tel que l’équipementier Nike a répété vendredi qu’il n’était pas prêt à lâcher le champion dans son entreprise.

Quant aux Américains, sondés après la décision de l’Usada, ils sont une majorité à ne pas considérer Lance Armstrong coupable. Le constat n’est pas surprenant. Aux Etats-Unis, où les salles de fitness sont remplies d’athlètes gonflés aux stéroïdes, c’est avant tout le succès qui compte. Les moyens pour y parvenir intéressent moins.

Il était capable de produire une puissance de 500 watts pendant vingt minutes sur les cols du Tour

Publicité