Dopé ou pas, Lance Armstrong? Telle est la question qui taraude le Tour de France. Mercredi, au terme de la 16e étape à Pau, l'Américain a décidé de laisser au public le soin de juger. Lui, il s'est contenté de donner sa version des faits à propos de la polémique née après la parution mardi d'une enquête du quotidien français Le Monde mentionnant que ses urines contenaient des traces de corticoïdes. Celles-ci ont été décelées le 4 juillet lors d'un contrôle effectué à Challens.

«Effectivement, des traces de corticoïdes ont été trouvées dans mes urines le deuxième jour du Tour, explique Lance Armstrong. Il faut cependant dire que j'ai été contrôlé plusieurs fois avant et après et que tous ces contrôles ont été négatifs. Je veux aussi dire que les traces en question sont infimes. Deux points qui démontrent qu'il n'y a pas eu d'utilisation systématique visant à améliorer les performances. Les corticoïdes décelés proviennent d'une pommade que j'ai utilisée après le prologue pour traiter une irritation à la selle. Ce qui est fréquent chez les cyclistes. Pour que vous ayez tous les éléments, j'ai demandé à l'Union cycliste internationale de lever le secret médical.»

Ce que l'association faîtière du cyclisme mondial (UCI) a fait mercredi dans un communiqué. Celui-ci précise que cette entorse à la vie privée des coureurs n'a été consentie qu'au vu de «la situation exceptionnelle provoquée par certaines publications». En voici le contenu: «Le coureur (Lance Armstrong) a utilisé de la pommade Cemalyt (contenant la triamcinolone) afin de traiter une dermatite allergique. La prescription médicale a été présentée à l'UCI. Le coureur a été contrôlé le 3 juillet après le prologue avec résultat négatif, sans aucune trace de corticostéroïdes. Le coureur a été contrôlé à nouveau le 4 juillet et alors des traces minimes ont été décelées….» Et de préciser dans la foulée que l'usage de cette substance est «interdit, à l'exception d'une utilisation en application locale (p. ex. dermatologique), en inhalations, ainsi qu'en injections locales ou intra-articulaires».

A la lumière de ces explications, Lance Armstrong a déclaré: «Maintenant, c'est à vous de savoir si je mens ou si je dis la vérité. Si Le Monde veut parler d'affaire de dopage, il est libre. Pour moi, ce n'en est pas une.» Et de préciser que, pour lui, le dopage correspond à l'utilisation de «produits interdits». Ce qui n'est pas le cas pour le Cemalyt. Il n'empêche que le maillot jaune a répété à plusieurs reprises depuis le début du Tour qu'il n'était au bénéfice d'aucune prescription médicale. Pourquoi n'a-

t-il pas parlé de l'ordonnance destinée à soigner ses problèmes cutanés, ce qui aurait évité bien des tourments? «Lorsqu'on m'a demandé si je prenais quelque chose, j'ai pensé qu'il s'agissait de comprimés ou d'injections. Je n'ai pas imaginé une seconde que l'application d'une pommade est assimilable à du dopage.» Voilà pour les faits.

Restent les questions de fond posées par cette polémique: celle de la confiance que l'on peut accorder aux déclarations d'une personne appartenant à un milieu qui a menti durant des années; celle, aussi, de la frontière entre dopage et soins normaux auxquels tout un chacun a le droit de prétendre; celle, enfin, des limites imposées aux médias dans leur dénonciation du dopage sous prétexte que les cyclistes sont des personnages publics.

La complexité du fléau ne provient pas seulement de son aspect scientifique. Le cas de Lance Armstrong en est l'illustration. Le manque de transparence du coureur a entraîné des conclusions – peut-être – hâtives de la part des médias. Et les deux attitudes ont contribué à pourrir encore un peu plus un climat tendu. Tellement d'ailleurs que le patron du Tour, Jean-Marie Leblanc, irrité, n'hésite pas à parler de «guerre» menée par certains médias contre sa manifestation et le cyclisme. Le brin de sérénité qui s'était dessiné au début de la Grande Boucle s'est bel et bien fané.