Le Tour de France veut repartir sur de bonnes bases. Le prologue lui a offert le plus beau des symboles: la victoire de Lance Armstrong. Samedi, au Puy-du-Fou, devant une foule compacte, l'Américain a prouvé que l'on pouvait revenir au plus haut niveau après avoir connu les affres de la maladie. Plus encore que le succès sportif, c'est sa victoire morale que les passionnés de vélo retiendront. Ils espèrent que, comme Armstrong a vaincu à force de volonté un cancer généralisé en 1997, le cyclisme parviendra à se débarrasser de ses membres gangrenés par le dopage.

Second du prologue à 7 secondes, Alex Zülle a lui aussi entamé de la meilleure manière sa reconstruction. Sans faire de bruit – le Saint-Gallois est devenu très discret depuis sa suspension de sept mois – il a endossé plus vite qu'il ne le prévoyait son rôle de favori dans cette Grande Boucle 99. Reste à savoir s'il tiendra la distance. Laurent Dufaux, le second Suisse cité parmi les candidats à une place d'honneur à Paris, termine à un bon douzième rang (23 secondes de retard).

En s'imposant dans le prologue, Lance Armstrong endosse aussi le maillot jaune. Une tenue de leader qu'il a conservée sans problème dimanche lors de la première étape qui a amené le peloton de Montaigu à Challans (208 kilomètres). Un tronçon sans difficulté qui ne pouvait manquer de revenir aux sprinters. Dans les rues de la capitale du canard, c'est finalement Jaan Kirsipuu qui a franchi en premier la ligne d'arrivée, laissant aux ténors Tom Steels et Erik Zabel les places d'honneur. Cette victoire inattendue permet à l'Estonien de prendre une nouvelle dimension: «Je pense que, dorénavant, on peut considérer que je suis l'égal des meilleures spécialistes de vitesse.» Quant à Mario Cippolini, après s'est laissé enfermer dans le dernier virage, il ne s'est même pas mêlé à l'emballage final. Pour le reste, cette première étape, courue sous une pluie battante, s'est déroulée selon les plans habituels: avec une échappée solitaire de plus de 110 kilomètres d'un coureur appartenant à une équipe sans trop d'ambition, en l'occurrence Thierry Gouvenou (Bigmat-Auber 93).

L'homme du week-end est donc bien Lance Armstrong. Ce n'est pas la première fois qu'il se met en évidence dans la Grande Boucle. En 1993, puis en 1995, il avait déjà remporté une étape. Mais lorsqu'il les évoque, l'Américain n'a de pensées que pour la seconde, décrochée à Limoges, puisqu'il l'avait dédié à Fabio Casartelli, son coéquipier d'alors, décédé tragiquement dans la descente du Portet d'Aspet. «Gagner le prologue et garder le maillot jaune procurent des sentiments spéciaux. Mais à Limoges, c'était un sentiment très spécial», disait dimanche l'Américain. Néanmoins, ces performances doivent réjouir le sponsor de la formation, l'US Postal. Car, comme le relève le champion miraculé, «le Tour de France est la seule course qui compte aux Etats-Unis. Sans lui, ce sport n'existerait pas.» Et cela, malgré les affaires.