Le contre-la-montre de Metz, long de 56,5 kilomètres et huitième étape du Tour de France, n'a pas manqué de piquant. Pour la première fois depuis le prologue, les meilleurs sont sortis du bois. Et, comme au Puy-du-Fou, c'est l'Américain Lance Armstrong qui a affolé le chrono en bouclant son parcours à une moyenne horaire de 49,4 kilomètres/heure.

Alex Zülle s'est adjugé une nouvelle fois la place de dauphin avec un retard de 58 secondes, tandis que Christophe Moreau a terminé au troisième rang. Ces deux derniers coureurs sont les seuls à avoir terminé à moins de trois minutes. Quant à Laurent Dufaux, sa cote remonte encore un peu chez les bookmakers, puisqu'il a terminé au dixième rang, à seulement 3'56'' du vainqueur. Un retard qu'il avait prévu avant le départ. Mais, plus important que le rang, le Vaudois a réalisé le meilleur parcours de la famille des grimpeurs.

Si Lance Armstrong a confirmé ses ambitions pour le classement général, de même que Laurent Dufaux et Pavel Tonkov (17e), d'autres se sont effondrés en Moselle. Troisième du Tour de France 98 et dossard numéro 1 de cette édition, Bobby Julich a vu ses illusions s'envoler au 30e kilomètre dans la descente qui suivait l'ascension de la Côte de la Gravelotte (col de 3e catégorie), principale difficulté du parcours. Dans une courbe, l'Américain a glissé à plus de 80 km/h, puis violemment heurté la bordure de la route.

Blessé, il a été immédiatement conduit à l'hôpital de Metz pour y être examiné. Il en est ressorti en fin de journée. Selon son directeur sportif, Bernard Quilfen, le leader de l'équipe Cofidis souffre d'un traumatisme costal gauche et de contusions multiples. Les raisons de l'accident ne sont pas connues, mais il semblerait qu'il y avait un peu de terre sur la route. Reste que le virage était difficile à négocier, comme le confirme Lance Armstrong: «Je n'ai pas vu la chute de Bobby Julich. Mais ce matin, après avoir reconnu le parcours, j'ai averti mes coéquipiers du danger.» Un coup dur pour la formation française Cofidis, qui se retrouve désormais sans leader.

Quelques instants auparavant, les spectateurs avaient déjà connu une montée d'adrénaline lorsque Abraham Olano, le grand favori, n'avait pas réussi à négocier un virage, basculant sur les bottes de paille de protection. Une erreur de freinage sans conséquence physique, mais qui lui a fait perdre toutes illusions. Ainsi, à peine remis en selle, l'Espagnol s'est fait dépasser par Lance Armstrong, parti deux minutes derrière lui.

D'autres ténors ont également perdu beaucoup de leurs illusions, à l'image l'Alexandre Vinokourov, relégué à plus de 6 minutes ou d'Ivan Gotti, 101e à près de 9 minutes. Richard Virenque, 46e à 6'30'', n'a pour sa part jamais été en mesure de lutter avec les meilleurs. Mais son parcours aura été l'occasion de revoir une association de triste mémoire, puisque le sponsor des pancartes fichées sur le capot des voitures indiquant le nom du coureur n'était autre que Festina, chargé du chronométrage dans ce Tour de France.

Grâce à cet exploit, l'Américain Armstrong a ravi le maillot jaune de leader à Jaan Kirsipuu. Un changement de tenue qui symbolise la nouvelle période dans laquelle est entrée la course. Après une semaine de règne sans partage, les rois du sprint ont abdiqué samedi à Maubeuge sur un dernier exploit de Mario Cipollini (lire ci-dessus). Une étape qui a failli couronner les baroudeurs Jacky Durand et Lylian Lebreton, qui n'ont été repris qu'à 5 kilomètres de la ligne d'arrivée par un peloton en furie emmené par les équipes Saeco et Mapei.

Outre la victoire historique de Mario Cipollini, cette 7e étape a été marquée par la malchance d'Erik Zabel. Après avoir chuté violemment dans un virage, avec pour conséquence des plaies profondes au menton et à la cuisse droite, l'Allemand a déchaussé en plein sprint, à près de 70 km/h, laissant échapper ses chances de victoire. Il pourra néanmoins se consoler en se disant que son numéro d'équilibriste, qui a permis d'éviter une catastrophe au sein du peloton, restera l'une des images les plus fortes de ce Tour de France.