L'heure est venue, pour Lance Armstrong, de remettre de l'ordre sur le Tour de France, sa maison. Propriétaire depuis 1999, l'Américain a toujours eu la paix au mois de juillet dans sa résidence secondaire, tout juste importuné par quelques colporteurs. Cette année, son séjour est plus mouvementé, entre les fuites à la salle de bains, les souris qui chahutent au grenier et les envieux qui rôdent dans le jardin. A l'occasion du contre-la-montre individuel, aujourd'hui entre Gaillac et Cap-Découverte, le maître de céans doit chasser les intrus, avant que ne se précise le péril en la demeure. Car plusieurs acheteurs potentiels sont désireux de reprendre le bail.

La menace Ullrich

Sur un parcours de 47 kilomètres, relativement accidenté dans son premier tiers puis très roulant, l'enjeu sera clair: soit le Texan parvient à donner un grand coup de balai devant sa porte, soit il abordera les Pyrénées samedi dans une position fragilisée. Le leader d'US Postal n'y va pas par quatre chemins: «Ce chrono est le plus important de ma carrière jusqu'ici, admet-il volontiers. Parce qu'il intervient alors que le Tour est déjà bien entamé, et que les écarts au classement général sont encore faibles. J'ai spécialement axé ma préparation sur cet exercice, et le tracé devrait me convenir.»

Tout ambitieux qu'ils soient, ses adversaires ont pour premier objectif de limiter les dégâts. «Je suis en bonne forme et j'espère ne pas perdre plus d'une minute et demie», ose Vinokourov, deuxième au général à 21 secondes d'Armstrong. Si le Kazakh de la formation Telekom parvient à ses fins, il deviendra dangereux. Mais son unique fait d'arme contre la montre remonte à 2001, lorsqu'il avait remporté celui du Tour d'Allemagne face à une faible concurrence.

Troisième à 1'02'', Iban Mayo n'est pas non plus un rouleur d'exception. Lors du dernier Dauphiné Libéré, l'Espagnol avait concédé 1'26'' sur 33 kilomètres. En enregistrant ce type de retard grâce à la partie escarpée du tracé, il constituerait une réelle menace dans les Pyrénées, où il sera soutenu par des Basques survoltés. Tyler Hamilton, cinquième à 1'52'', dont l'épaule apparaît de moins en moins récalcitrante, est capable de tout, mais l'Américain de CSC semble encore un peu en dessous par rapport à son ancien boss.

Reste le cas de Jan Ullrich. Perturbé dans sa préparation par la faillite de Team Coast, le coureur de Bianchi a franchi les Alpes sans encombre et monte en puissance. Son talent de rouleur pourrait à nouveau éclater au grand jour. Alain Gallopin, son directeur sportif, affiche sa confiance: «Jan se sent de mieux en mieux, il est capable de rivaliser avec l'Américain. Son but est de remporter l'étape et de se repositionner au général (ndlr: il est 6e à 2'10''). Après, tout peut arriver.» Pour contrer les velléités de l'Allemand et des autres, Lance Armstrong doit réaliser un grand numéro. Histoire de faire le ménage chez lui.