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Lara Gut enchante et déchante

La Tessinoise remporte la descente de Saint-Moritz, puis tombe dans le super-G. A 23 ans, la meilleure skieuse du pays reste perçue comme une promesse

Lara Gut enchante et déchante

Ski La Tessinoise remporte la descente de Saint-Moritz puis tombe dans le super-G

A 23 ans, la meilleure skieusedu pays reste perçue comme une promesse

Les Mondiaux de ski alpin auront lieu la semaine prochaine à Beaver Creek et Vail. En 2010, le ticket du Colorado avait été préféré à Saint-Moritz. Un choix regrettable tant l’air du pays semble fouetter les ardeurs de nos représentants. Une semaine après les hommes, ressuscités à Wengen, les dames à croix blanche ont retrouvé des couleurs dans les Grisons. Sur la piste Engiadina, Lara Gut a remporté la descente de samedi, devant l’Autrichienne Anna Fenninger et la surprenante Hongroise Edit Miklos. Les Schwyzoises Fabienne Suter et Nadja Jnglin-Kamer se sont classées aux 5e et 6e rangs. Mais cette embellie demeure incertaine: aucune fille parmi les quinze premières dimanche dans le super-G. Et une chute pour Lara Gut, la favorite.

Il semble devoir toujours en être ainsi avec la jeune prodige de Comano (TI). Surprendre, susciter un désir, et le décevoir. Comme si ses triomphes devaient rester entachés d’un doute sur sa capacité à réellement accomplir la très grande carrière que tout le monde – et pas que des connaisseurs – s’acharne à lui promettre depuis son plus jeune âge. Victorieuse début décembre à Lake Louise, la jolie Lara n’était plus montée sur un podium depuis. La saison passée, elle avait remporté quatre des six super-G de la saison en Coupe du monde mais était passée à côté du plus important: celui des Jeux olympiques de Sotchi. Ses résultats en montagnes russes manquent de clarté pour en faire la vraie leader de l’équipe féminine. Tête de gondole oui; figure de proue pas encore.

A bien y regarder pourtant, ses statistiques soutiennent largement la comparaison avec les meilleures. Elles sont même excellentes pour son âge. Lara Gut a 23 ans; Tina Maze 31, Lindsey Vonn 30, Kathrin Zettel 28, Elisabeth Görgl 33, Frida Hansdotter 29, Anna Fenninger 25. Dans le top 10, seule la prodige américaine du slalom Mikaela Shiffrin (19 ans) est plus jeune. Lara Gut a été stoppée entre septembre 2009 et octobre 2010 par une délicate blessure à la hanche. Malgré cela, son palmarès affiche déjà 12 victoires, une de moins seulement que Lindsey Vonn au même âge. Troisième du classement général de la Coupe du monde 2013-2014, elle a remporté le globe de cristal en super-G, un trophée qu’aucune Suissesse n’avait gagné depuis Sonja Nef en 2002 (slalom géant).

Elle devrait être une championne appréciée et admirée. C’était parti pour en 2008, quand le monde du ski tomba sous le charme d’une jeune fille blonde, rieuse, polyglotte et spontanée qui dévalait les pentes comme elle dévorait la vie. Première course à 16 ans, premier podium à sa quatrième course, achevée sur le dos. A 17 ans, Lara Gut était une Martina Hingis à spatules. Elle n’était pas encore la meilleure skieuse du monde ni même la meilleure Suissesse, mais déjà celle dont on parlait le plus. Son parcours, comme son talent, était hors norme. Si différente à ses débuts, elle est progressivement apparue comme trop différente. A part. Son insouciance est devenue dédain, sa confiance prise pour de l’arrogance.

Aujourd’hui, le public suisse ne lui attribue plus ses faveurs qu’au compte-gouttes, avec une parcimonie inversement proportionnelle à la prodigalité dont il fait preuve envers Dominique Gisin, la championne olympique de descente. Lors de la cérémonie des Sport Awards, début décembre à Zurich, il lui fut préféré deux années de suite des championnes moins performantes. La première fois, battue de peu, elle a dénoncé «un racisme anti-latin»; la seconde fois, quasiment ignorée des votants, elle n’a rien dit. A quoi bon lutter si les gens lui préfèrent Gisin et sa seule course gagnée en quatre ans.

C’est qu’en ces temps troublés, l’or est la valeur refuge. Lara Gut, elle, est associée à l’argent. Celui que son père Pauli a investi à l’âge où le sport ne devrait être qu’un jeu, celui que ses sponsors apportent pour faire tourner une structure privée en marge de Swiss-Ski, celui que son agent réclamait un temps pour accorder des interviews. Celui de ses trois médailles aux Championnats du monde. A ceux de Schladming, en 2013, elle a même remporté une médaille d’or, mais dans la catégorie non officielle de «l’athlète la plus chiante», décernée par le Journal de Montréal. Elle s’est justifiée en expliquant qu’elle ne pouvait se présenter avec le sourire devant la presse dix minutes après une mauvaise course qu’il lui faudrait plusieurs heures pour pouvoir digérer. A Sotchi, elle avait mis du temps à se réjouir de sa médaille de bronze, et de l’or de Dominique Gisin.

Avec le temps, Lara Gut est devenue moins spontanée, plus prévisible, plus «comme les autres» même si les malentendus demeurent. Elle regrette que les gens voient «le personnage avant l’athlète». Un titre mondial ou olympique dissiperait les non-dits. Vreni Schneider, qui a allié palmarès et popularité comme personne en Suisse, y croit. «Je ne me fais pas de souci pour Lara, elle a toutes les qualités pour devenir la prochaine star du ski. Après sa blessure l’an dernier, elle a dû travailler très dur et se remettre en question pour revenir. Depuis, je la trouve beaucoup plus mûre et dotée d’une vraie personnalité. Elle va exploser, c’est programmé et imminent.»

«Je la trouve beaucoup plus mûre et dotée d’une vraie personnalité. Elle va exploser, c’est imminent»

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