Le triomphe aurait pu être total. Un épilogue en Suisse. Un deuxième titre consécutif en Coupe des nations pour la Suisse. Et surtout: les deux grands globes de cristal pour des Suisses. Oui, les finales de la Coupe du monde de ski alpin, organisées à Lenzerheide, pouvaient entrer dans la grande histoire du sport national.

Mais la semaine ne s’est pas passée comme prévu. Pour l’événement, qui a dû renoncer aux épreuves de vitesse faute de conditions météo propices. Et pour Marco Odermatt et Lara Gut-Behrami, qui ont échoué à dépasser le Français Alexis Pinturault et la Slovaque Petra Vlhova au classement général.

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Les deux athlètes avaient bien des raisons d’être frustrés, à commencer par l’annulation des descentes et des super-G qui auraient pu jouer en leur faveur. C’est peu dire qu’ils n’y ont pas réagi de la même manière, le premier s’inclinant de manière presque aussi élégante qu’il a l’habitude de skier, la seconde sabordant sa dernière course sans explication.

Respect mutuel

Samedi, Marco Odermatt avait encore une petite chance de revenir sur Alexis Pinturault, qui le devançait de 31 points au général. Il fallait pour la saisir réussir un géant d’excellente facture, s’emparer du petit globe de cristal de la spécialité et espérer que son concurrent, sous la pression, craque le lendemain en slalom. Ce n’est pas ce qu’il s’est passé. Décrit par tout son entourage comme «imperturbable», le Nidwaldien de 23 ans s’est raté, signant de loin sa moins bonne prestation de l’hiver dans sa discipline favorite et terminant onzième… tandis que Pinturault s’imposait.

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Comme beaucoup d’athlètes, le vaincu s’est plaint d’une deuxième manche trop «tournante» et rageait un peu de sa contre-performance. Mais il n’a pas oublié de rendre hommage à son vainqueur. «Il était tout simplement plus fort, a-t-il reconnu. Le meilleur a gagné, c’est mérité. Je peux apprendre d’Alexis, de sa souveraineté, il est très centré sur le ski. Il a une solution pour toutes les difficultés.» Alors que les deux hommes se croisaient au détour d’interviews télévisées, ils se sont donné une belle accolade témoignant d’un grand respect mutuel.

L’affaire fut classée dès samedi chez les dames aussi. Petra Vlhova a terminé sixième d’un slalom auquel Lara Gut-Behrami n’a pas participé, marquant 40 points suffisants pour se mettre hors de portée avant le géant de dimanche. Championne du monde en titre de la spécialité, la Tessinoise de 29 ans avait, à défaut de pouvoir remporter le grand globe de cristal, l’occasion de terminer sa saison sur une note positive. Ce n’est pas ce qu’elle a décidé de faire.

Peur de la blessure

Partie avec le dossard numéro 2, elle a réalisé deux courbes avant de se relever à la hauteur de la troisième porte et d’en rester là, regagnant la zone d’arrivée tranquillement. Elle s’en est ensuite allée sans passer par la zone mixte, où elle aurait pu expliquer son geste, laissant commentateurs et téléspectateurs, médusés, à leurs spéculations.

S’est-elle sentie mal? A-t-elle voulu rajouter une couche à ses protestations quant à la manière dont les finales de la Coupe du monde se sont déroulées? Rien de tout cela selon les officiels de Swiss-Ski qui se sont exprimés auprès des télévisions publiques: l’intéressée aurait manqué d’énergie et aurait préféré abréger son effort plutôt que de risquer la blessure. Le tout sans informer personne de ses intentions.

Au-delà de ces défaites de fin d’année, l’hiver aura été magnifique pour le ski national. La Suisse remporte la Coupe des nations avec près de 1000 points d’avance sur l’Autriche, et 52 podiums dont 15 victoires. Ont contribué à ce beau butin neuf hommes (Mauro et Gino Caviezel, Feuz, Kryenbühl, Meillard, Murisier, Odermatt, Simonet, Zenhäusern) et quatre femmes (Gisin, Gut-Behrami, Holdener, Suter). Beat Feuz s’est offert le globe de cristal de la descente pour la quatrième fois consécutive, Lara Gut-Behrami celui du super-G pour la troisième fois de sa carrière après 2014 et 2016.

L’hiver prochain, olympique, s’annonce sous les meilleurs auspices.