Le Servette FC perd son meilleur atout offensif mais soulage ses finances. Le départ d'Alex Frei au Stade Rennais est une excellente opération, vue sous l'angle économique. «A la fin de la saison, le club ne sera plus endetté!», s'exclame Alain Rolland. Le PDG de Jelmoli, qui avait assuré la survie des «grenat» à l'automne, sait de quoi il parle. Il y a des réalités incontournables. Il n'est pas possible de retenir contre son gré un joueur qui s'apprête à quadrupler son salaire. En outre, les responsables genevois sont confrontés à des échéances. Les 3 millions escomptés dans l'opération Philippe Senderos à Arsenal ne parviendront que dans plusieurs mois. Or, le temps presse.

La Suisse ne joue pas dans la cour des grands. Même le FC Bâle est en position de faiblesse. Lundi, Christian Gross était à Wolfsburg. Il a rencontré les dirigeants de la formation locale, à la recherche d'un successeur au technicien actuel Wolfgang Wolf. L'entraîneur rhénan est prêt à renoncer aux joies grisantes de la Champions' League, pour entraîner une équipe qui végète à la 10e place de la Bundesliga.

Le Stade Rennais se débat, lui, au 15e rang de la Ligue 1 française. La menace de relégation est une réalité. Au contraire d'Arsenal, les Bretons n'ont pas le temps d'attendre. Il fallait absolument un renfort en attaque: «J'ai besoin d'un gars qui claque des buts!», lance Vahid Halilhodzic. Entraîneur à poigne, le Bosniaque est un remarquable meneur d'hommes, mais il ne fait pas dans la dentelle. Frei aura intérêt à adopter un profil bas s'il ne veut pas aller au clash. Ainsi se gardera-t-il de critiquer des choix tactiques qui ne serviront pas forcément ses intérêts. Halilhodzic est un adepte d'un football de contre-attaque. C'est ainsi qu'il avait obtenu des résultats remarquables à la tête de Lille. Arrivé à Rennes en cours de saison, il a relancé une équipe qui allait à la dérive.

Normalement, Frei effectuera ses débuts en Championnat de France à la frontière helvétique, soit le mercredi 29 janvier à Montbéliard, contre le FC Sochaux où évoluent deux de ses anciens coéquipiers, Lonfat et Oruma. Aura-t-il la possibilité d'extérioriser le meilleur de son talent, celui qu'il exprime dans les 16 mètres adverses? Avec Servette mais plus encore en équipe nationale, grâce à la complicité qui le lie à Chapuisat et à Hakan Yakin, Alex Frei affirme ses qualités de buteur. Au Stade Rennais, il n'aura pas la tâche facile. Ce départ suscite des regrets à l'heure où le Servette FC part à la conquête d'un nouveau public au Stade de Genève. Il n'est pas question de compenser cette perte par l'acquisition d'un joueur confirmé. Alain Rolland, l'homme fort du club, tient le langage que nous aurions aimé entendre au début de la saison: «Priorité aux jeunes du cru.»