Toutes les larmes de son âme déversées sur l'épaule consolatrice du coach Avraham Grant (déjà trempé par les trombes d'eau moscovites). Rare de voir pareil effondrement chez un capitaine. D'autant plus lorsqu'il s'agit d'un type aussi solide que celui de Chelsea, John Terry. Vingt-huit ans, 1,86 m pour 75 kg, défenseur central réputé infranchissable. Une tour, un mur à lui seul.

Une anecdote situe le mental présumé inébranlable du personnage. En octobre 2006, lors d'un match de championnat contre Reading, le gardien Petr Cech se blesse en début de partie. Peu après, son remplaçant Claudio Cudicini subit le même traitement de choc. Qui va garder la cage des Blues, et plutôt brillamment? John Terry, bien sûr.

Mercredi soir à Moscou, «Iron Man» a pourtant craqué. 1-1 après prolongation dans cette finale de Ligue des champions fratricide face à Manchester United, tirs au but à suivre. Cristiano Ronaldo ayant manqué le sien, Chelsea touche au sommet de l'Europe si Terry réussit le 5e et dernier pour son équipe. Mais le «captain» glisse sur la pelouse instable du stade Luzhniki au moment d'armer son tir. Poteau, renversement de tendance - Anelka ratera lui aussi - et MU s'impose 6-5.

C'en est trop pour Terry. Dans la liste des célébrités qui ont galvaudé un penalty décisif, il rejoint Diego Maradona et Roberto Baggio. Ça lui fait une belle jambe. Surtout qu'il n'était pas censé l'exécuter, ce «onze mètres».

«John n'était pas prévu dans les cinq premiers tireurs, mais les choses ont changé durant le match. L'exclusion de Drogba nous a forcés à modifier l'ordre», expliquait hier l'entraîneur adjoint de Chelsea, le Néerlandais Henk Ten Cate. Didier Drogba, expulsé durant la prolongation pour avoir adressé une (petite) gifle au défenseur serbe de MU, Nemanja Vidic...

L'épilogue est connu. «John n'a rien dit. Il était très triste, a pleuré, mais il est aussi celui qui nous a conduits jusqu'ici. Il a toujours été présent en vrai capitaine, et a pris lui-même la responsabilité de frapper le tir au but.» L'hommage du coach Avraham Grant.

Lequel, après avoir paraphé un contrat de quatre ans proposé par son ami et boss Roman Abramovitch, pourrait se retrouver au chômage technique en raison du double échec des Blues - national puis européen - face aux Red Devils de Sir Alex Ferguson.

Déjà lorsqu'il remplaça le gouailleur portugais José Mourinho à la surprise générale, le 20 septembre 2007, l'Israélien déchaîna la critique des fans (via des manifestations carrément antisémites), mais aussi celle des joueurs: «Les méthodes de Grant ont vingt-cinq ans de retard, Chelsea mérite un entraîneur plus compétent», ont déclaré plusieurs d'entre eux sous le couvert de l'anonymat, avant de menacer de quitter le club si leur vœu restait lettre morte.

Ainsi, la défaite de mercredi devrait servir de déclencheur à une implosion du côté de Stamford Bridge. Sans Grant - Abramovitch n'hésitera pas à le limoger - et peut-être sans Didier Drogba, Frank Lampard ni Michael Essien.

Drogba l'a clamé haut et fort, il rêve de rejoindre l'AC Milan (non qualifié pour la prochaine Ligue des champions). Pour leur part, les dirigeants lombards verraient d'un très bon œil un attelage avec l'Ivoirien et Ronaldinho. Lampard est déjà en contact avec l'Inter Milan, tandis qu'Essien lorgne vers Barcelone ou la Juventus.

Affaires en cours. A la clé, une question lancinante: et si le patron Roman Abramovitch, lassé par les échecs successifs de sa «danseuse bleue», emmenait ses milliards ailleurs?