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Tennis

L’Arthur-Ashe, portrait d’un stade déjanté

A l’image de New York, l’US Open est le Grand Chelem de la démesure et de tous les excès. Son court central le raconte mieux que quiconque

Un patronyme prestigieux. Ashe, tout un symbole… A seulement 19 ans, il porte déjà le poids de l’histoire sur ses larges épaules. Du haut de ses 62,5 mètres, le stade Arthur Ashe en impose. Il lorgne fièrement sur un parc de 19 hectares, deuxième d’une fratrie dont le dernier né, Grand Stand 2e du nom, accueille ses premières rencontres cette année.

Le stade Arthur-Ashe porte du XXL et ses mensurations trompent les perspectives. «Il est très grand. Il y a tellement d’espace que, du coup, on a l’impression que le terrain est énorme alors qu’il est de la même taille que les autres, confie Timea Bacsinszky qui l’a déjà côtoyé à deux reprises. Mais il est plutôt cool.»

Il est «easy-going» comme disent les Anglo-Saxons. Loin de l’esprit traditionnel de son pendant anglais, le précieux centre court de Wimbledon qui ne voit la vie qu’en blanc, ou du tempérament select et sport-chic du court Philippe Chatrier, son cousin parisien de Roland-Garros, l’Arthur-Ashe aime faire du tennis un show sportif et publicitaire.

Rock-stars du tennis

Quand il reçoit, il ne fait pas les choses à moitié. Dans son antre, les artistes de la balle jaune se retrouvent telles des rock-stars sur scène. Un vrai spectacle à l’américaine pour près de 24 000 convives. De quoi donner le vertige à des invités pas toujours disciplinés. Surtout ceux qui, tout là-haut perchés, ne comprennent pas toujours ce qui se passe.

Et puis, chez Ashe, on mange, on boit, on parle sans modération. Dans cette grande kermesse populaire où l’essentiel n’est pas de participer mais de s’amuser, tout est prétexte à la consommation. Il fleure les odeurs de nourriture et de friture. Dans ses travées, les saucisses grésillent, les papiers gras voltigent, les canettes moussent et les flûtes pétillent.

Ce stade-là aime s’acoquiner avec les foules chahuteuses et parfois aveuglément partisanes. Et lorsqu’il se prend d’amitié, voire d’adoration pour un joueur qu’il honore, comme un certain Roger Federer, il en perd toute notion de fair-play. Souvent bafoué, Novak Djokovic déploie des efforts surnaturels pour tenter en vain de le séduire. Serena Williams lui donnerait le bon dieu sans confession même s’il lui est arrivé d’entretenir avec elle une relation parfois houleuse.

Le jour et la nuit

Chez Ashe, selon les sessions, c’est le jour et la nuit. Il change de visage. Somnolent sous la chaleur, pour ne pas dire distrait, il s’anime à la nuit tombée, animé par l’envie pressante de s’éclater. Il se la joue people, usant de ses relations dans le tout Hollywood pour attirer le gratin mondain et pointer du doigt les stars sous les projecteurs.

«Ça a toujours été un cadre assez bruyant car les gens viennent plus voir un show, il y a de la musique lors des changements de côté en night session et les gens dansent, raconte Stan Wawrinka. L’atmosphère dépend beaucoup du match que tu joues. Un quart de finale en night session ou un premier tour en plein jour, forcément, ce n’est pas pareil. La nuit, avec les lumières, ça donne l’impression qu’il y a plus de monde.»

Tout chez ce stade est assourdissant. A commencer par son environnement. Les avions lui décollent sans cesse au-dessus de la tête et le bruit des trains résonne dans ses entrailles. «Et le toit l’a changé, ajoute Stan Wawrinka. Il est beaucoup plus bruyant qu’avant. Le son, au lieu de s’évacuer par l’extérieur, revient à l’intérieur.»

En effet, pendant longtemps, il a aimé affronter les éléments, se présenter tête au vent. Mais il se noyait dans un verre d’eau au moindre orage qui passait. Une faiblesse souvent lourde en conséquences, financières et sportives. Il a donc été décidé qu’il serait plus décent qu’il porte un couvre-chef quand nécessaire. Pour la modique somme de 150 millions de dollars, il s’est vu offrir un toit rétractable. Pour rester au sec. De quoi prendre la grosse tête. De bavard, il est devenu franchement grande gueule. Et ça résonne sous le casque. Car s’il est désormais hermétique au vent, il hurle encore plus qu’avant.

A Nadal la première

L’intrusion de la pluie, mercredi soir, alors qu’il reçoit Rafael Nadal, le contraint à interrompre quelques instants la performance de l’Espagnol. Sept minutes, montre en main, pour faire le show et dévoiler au monde son beau chapeau. «Rafa» en est tout impressionné, «fier d’être le premier à jouer couvert et d’écrire une page d’histoire». Et le champion de Manacor, une fois sa partition terminée, tente d’aller lui chatouiller les oreilles, tout là-haut, en lui visant le toit. Mais il a beau user toute la force de son célèbre bras gauche, ses balles n’arrivent pas au menton de son colosse d’hôte.

Cette frénésie et ce gigantisme constituent la personnalité intrinsèque du stade Arthur-Ashe. Et c’est ce qui fait son charme. Certes, il peut mettre ses prétendants sur les nerfs et les soumet à un subtil exercice de concentration. Mais ceux qui en ressortent entiers, n’en sont que plus endurcis et enrichis de cette capacité à puiser dans son insondable énergie l’envie de se surpasser pour accomplir de grandes choses. Il est en quelque sorte ce qu’on appelle le rêve américain.

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