Dopage

L’athlétisme rattrapé par ses vieux démons

A trois semaines des championnats du monde, une chaîne allemande jette le doute, en se basant sur une base de données de 12 000 analyses. Elle vise notamment des sportifs russes et kényans. L’Agence mondiale antidopage se dit «très inquiète»

L’athlétisme rattrapé par ses vieux démons

Dopage La Russie et le Kenya suspectés

A trois semaines des Championnats du monde d’athlétisme de Pékin (du 22 au 30 août), un documentaire de la chaîne allemande ARD vient de jeter un gros pavé dans une mare déjà passablement trouble. Selon cette enquête, diffusée samedi 1er août, une médaille sur six distribuée depuis quinze ans dans les Mondiaux ou les Jeux olympiques serait frelatée par le dopage. Dans les courses d’endurance, la proportion atteindrait un podium sur trois. Principaux pays visés: la Russie, déjà ciblée en décembre 2014 par un précédent documentaire de la même chaîne ARD, et le Kenya. Dans ces deux grandes nations de l’athlétisme, le recours au dopage serait généralisé et protégé depuis les plus hautes sphères des fédérations.

En Russie, les aveux du couple Stepanov, lui ancien employé de l’agence antidopage, elle athlète de demi-fond, en décembre dernier n’ont rien changé. Filmée en caméra cachée, la spécialiste du 800 m Anastasiya Bazdyreva affirme: «Avec les anabolisants, j’ai les muscles durs. Mais je peux courir. C’est dur, mais ça va.» Ça va même très bien: septième performeuse mondiale, Bazdyreva a battu trois fois son record personnel cette saison.

Toujours en caméra cachée, les journalistes ont filmé au Kenya des injections de produits dopants «dangereux». Là aussi, le dopage serait institutionnalisé et orchestré par une corruption massive. Témoignage et documents à l’appui, le documentaire montre que la volonté de traquer le dopage y est quasi nulle et que les rares tricheurs pris en faute peuvent se «racheter» en reversant une partie de leurs primes à de hauts dignitaires de la fédération.

Rien d’anormal pour Bolt

ARD et le Sunday Times ont également reçu anonymement un ­fichier de la fédération internationale d’athlétisme (IAAF) contenant 12 000 tests sanguins collectés sur 5000 athlètes entre 2001 et 2012. Deux experts australiens ayant examiné ce fichier, Michael Ashenden et Robin Parisotto, estiment que «l’IAAF a visiblement fermé les yeux et gardé les bras croisés» et que «l’athlétisme est aujourd’hui dans la même position que le cyclisme il y a vingt ans». Selon leurs estimations, 80% des médailles russes seraient suspectes. Ils doutent également de 18 podiums kényans. En revanche, les données concernant le sprinteur jamaïcain Usain Bolt et le fondeur anglais Mo Farah ne leur semblent pas anormales.

Le président de l’Agence mondiale antidopage, Sir Reedie, a indiqué qu’une commission indépendante allait enquêter. On croirait entendre Sepp Blatter.

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