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Antoine Griezmann marque un but lors d'un match contre le FC Espanyol, le 9 avril 2016.
© ALBERT GEA

Football

L’Atletico Madrid attaque peu mais vise juste

Torres, Agüero, Forlan, Falcao, Diego Costa, Griezmann. Réputé pour son jeu défensif, le club madrilène aligne paradoxalement des buteurs d’exception depuis vingt ans

Atletico Madrid – Bayern Munich mercredi soir en Ligue des Champions. Une demi-finale aller qui fut une finale en 1974 (la première des trois consécutives du Bayern). Une confrontation de style: le jeu offensif du Bayern «à la catalane» de Pep Guardiola contre l’âpreté et la dureté des «Colchoneros» madrilènes façon Diego Simeone. Ne vous demandez pas qui aura la possession, le «Cholo» Simeone s’en soucie comme de son premier carton jaune. Le public neutre a déjà choisi son camp; personne n’aime le jeu défensif de l’Atletico, même s’il n’y a pas de grand film sans grand méchant.

Ce préjugé se heurte à un paradoxe: alors que le Barça – à l’exception très exceptionnelle de Messi – sort principalement de son centre de formation de la Masia des milieux ou des défenseurs (Xavi, Sergio Busquets, Gerard Piqué, Carles Puyol, Andres Iniesta, Thiago Alcantara), l’Atletico Madrid a le don depuis une quinzaine d’années d’aligner des attaquants de classe mondiale. Par ordre d’apparition, le public du stade Vicente Calderon a vibré aux exploits à rayures du Madrilène Fernando Torres, de l’Argentin Sergio «Kun» Agüero, de l’Uruguayen Diego Forlan, du Colombien Radamel Falcao, du Brésilien Diego Costa et, depuis deux saisons, du Français Antoine Griezmann.

Hugo Sanchez et Vieri «pichichis»

D’autres noms plus anciens sont aujourd’hui oubliés mais le Mexicain Hugo Sanchez (1981-1985), l’Italien Christian Vieri (1997-1998) ou le Néerlandais Jimmy Floyd Hasselbaink (1999-2000) ont également marqué leur époque, les deux premiers remportant le titre de «pichichi» (meilleur buteur). Si le FC Metz ne s’est jamais remis d’avoir refusé Michel Platini à cause d’un test physique, l’Atletico Madrid a parfaitement surmonté ce qui aurait pu être un traumatisme à vie, la cession en 1992 du tout jeune Raul au Real Madrid, parti dans la masse en faillite et les dettes laissées par le tumultueux président Jesus Gil y Gil.

L’Atletico, comme n’importe quel club, a bien sûr raté quelques transferts (le Serbe Mateja Kezman ou, tout récemment, le Colombien Jackson Martinez). Quelques autres (l’Espagnol David Villa, le Croate Mario Mandzukic) s’en sont sortis honorablement, sans plus. A l’exception du «niño Torres», il n’a formé aucun de ces grands buteurs. Mais il les a tous transformés. Kun Agüero avait beau être transféré d’Independiente pour 23 millions d’euros, il n’avait que 17 ans et n’était qu’une promesse. Diego Costa est arrivé incognito et Brésilien de Braga, il est parti à Chelsea international espagnol. Falcao, 70 buts en 91 matchs entre 2011 et 2013, erre depuis de club en club (Monaco, Manchester United, Chelsea) à la recherche de sa forme. Vieri et Hasselbaink n’ont jamais aussi bien joué qu’à Madrid, où ils ont explosé au plus haut niveau.

«Griezmann est transformé»

Le dernier exemple en date, est l’un des plus spectaculaires. A la Real Sociedad, Antoine Griezmann était un joueur excentré vif et inspiré, un feu follet capable de mettre le trouble dans une défense. A Madrid, après six mois d’adaptation, il est devenu un vrai buteur, un joueur d’axe, complet, incisif. «Il est transformé, beaucoup plus agressif et décisif», observe le vétéran uruguayen du Lausanne-Sport Walter Pandiani, 124 buts en une douzaine de saisons de Liga et cinq clubs (La Corogne, Majorque, Espanyol Barcelone, Osasuna, Villareal).

Cette métamorphose est selon Walter Pandiani la marque de fabrique de l’Atletico. «Ç’a a toujours été un club passionnel, où l’on joue avec beaucoup de cœur et d’intensité.» Ç’a l’est encore plus depuis l’arrivée en 2011 du «Cholo» Simeone. Un chef de meute. «Avec lui, tout le monde lutte ensemble. Les joueurs qui signent savent ce qui les attend: beaucoup de travail sur le terrain, beaucoup d’efforts durant la préparation, mais aussi beaucoup de progrès et un tremplin pour leur carrière.» Hasselbaink et Diego Costa sont partis à Chelsea, Agüero à Manchester City. Revenu dans son club de cœur, Fernando Torres y a même retrouvé des couleurs et peut-être bientôt l’équipe d’Espagne.

«Ça reste l’équipe du barrio»

David Jimenez est de ceux dont l’Atletico Madrid n’a pas bouleversé le destin. Mais le milieu de terrain d’Yverdon Sport reste marqué par ses cinq années passées à Madrid entre 1998 et 2002. «J’ai vu débuter Fernando Torres et Kun Agüero. Le club remontait de deuxième division après la faillite. L’entraîneur était Luis Aragones, le directeur sportif Paulo Futre, deux anciens grands attaquants du club. Est-ce que cela explique ce climat propice aux buteurs? Je ne sais pas. Pour moi, un aspect joue clairement: la ferveur du public. A l’Atletico, il est particulièrement chaud, passionné, il pousse en permanence les joueurs à se dépasser. Vous savez, au Real, à part pour le Clasico contre le Barça, il y a 70% de touristes dans le stade.»

Walter Pandiani, qui a failli y goûter («J’ai eu des offres de l’Atletico mais à l’époque, le Depor avait de bien meilleurs résultats»), confirme. «Moi, ça me faisait de l’effet à Osasuna qui avait un bon public mais un petit stade. Alors imaginez dans un grand stade… L’Atletico c’est à la fois un Grand d’Espagne et le club du «barrio». Il y a beaucoup d’ambition et d’humilité.» Le secret des grands buteurs.

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