«Nous sommes le Pupa Futbol Club», disent les supporters de l’Atlético Madrid. En espagnol, le «Pupa» est celui qui souffre continuellement de malchance et qui s’en plaint avec tout autant d’application. Malgré une trentaine de titres (dont dix Ligas et trois Ligues Europa) et un statut de contradicteur le plus constant depuis 120 ans du Real Madrid et du FC Barcelone, l’Atléti entretient une image de loser indécrottable, forgée lors de ses trois défaites en finale de Ligue des champions (un record parmi les clubs jamais sacrés).

Celle de 1974 au Heysel contre le Bayern, Miguel Reina s'en souvient comme si c’était hier. «On mène 1-0 en prolongations grâce à un but de Luis Aragones et on se dit que c’est gagné, relate l’ancien gardien colchonero (1973-1980). Mais on perd le ballon dans leur camp en toute fin de match, et sur la contre-attaque [Georg] Schwarzenbeck décoche un boulet de canon sur ma droite. Il restait 30 secondes à jouer, 30 secondes pour être champions d’Europe…» L’Atlético s’effondre deux jours plus tard lors du match d’appui (4-0). La légende (noire) est en marche. «Les supporters nous attendaient à l’aéroport à notre retour à Madrid, reprend le père de Pepe Reina. Bien sûr, ce n’était pas comme si nous avions gagné. Mais ils étaient là pour partager cette douleur, qu’ils ont vécue comme nous cette nuit-là.»